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Guyane : 10 tonnes de produits de la mer saisies lors d'opérations contre la pêche illégale

Guyane : 10 tonnes de produits de la mer saisies lors d'opérations contre la pêche illégale
Interception d'un navire de pêche illégale au large de la Guyane, les 3 et 4 mars 2026. Crédit : État-major des armées

Les 3 et 4 mars 2026, les navires de l'État ont intercepté trois embarcations pratiquant la pêche illégale au large des côtes guyanaises. Le bilan : plus de 10 tonnes de produits de la mer confisquées, des kilomètres de filets saisis et trois capitaines placés en rétention. Une opération qui illustre la pression constante exercée sur les eaux territoriales françaises par des pêcheurs clandestins, principalement brésiliens.

Une opération coordonnée sur plusieurs fronts

Entre le 3 et le 4 mars 2026, les forces de l'Action de l'État en mer (AEM) ont mené une série d'interceptions ciblées le long du littoral guyanais. Trois navires sans pavillon ont été arraisonnés dans des zones stratégiques :

  • Au large de Mana, dans l'ouest guyanais
  • À l'embouchure de l'Iracoubo
  • Au large de Cayenne et d'Organabo
  • À proximité de la frontière avec le Brésil

Cette dispersion géographique témoigne de l'ampleur du phénomène : la pêche illégale en Guyane ne se concentre pas sur un point unique, mais s'étend sur l'ensemble des 350 kilomètres de côtes du département.

Le bilan des saisies

Les opérations ont permis de confisquer un volume considérable de matériel et de produits :

Élément saisi Quantité
Produits de la mer 10,2 tonnes
Vessies natatoires 66 kg
Filets de pêche 10,2 km
Vire-filet 1
Panneaux de cale Plusieurs
Navires 3

La saisie de 66 kilogrammes de vessies natatoires est particulièrement significative. Ces organes, prélevés sur certaines espèces de poissons, sont très prisés sur le marché asiatique où ils se négocient à prix d'or. Leur commerce alimente un trafic international lucratif qui pousse les pêcheurs illégaux à prendre des risques considérables.

Trois navires immobilisés, deux destinés à la destruction

Sur les trois embarcations interceptées, deux seront détruites conformément à la procédure en vigueur. Cette mesure radicale vise à empêcher toute récidive et à envoyer un signal dissuasif aux armateurs qui équipent les pêcheurs clandestins.

Les capitaines des trois navires ont été placés en rétention administrative. Selon les informations communiquées, ils encourent des peines pouvant aller jusqu'à :

  • Six mois de prison avec sursis
  • Trois ans d'interdiction de paraître sur le territoire guyanais

Ces sanctions, si elles peuvent sembler modérées au regard des dommages environnementaux causés, s'inscrivent dans un cadre juridique contraint. Les pêcheurs arrêtés sont généralement des ressortissants brésiliens en situation irrégulière, ce qui limite les possibilités de poursuites pénales classiques.

Les moyens mobilisés : une flotte renouvelée

L'opération a mobilisé trois bâtiments de l'État :

La vedette PM 487 Palana : mise en service en octobre 2025, elle représente le renouvellement de la flotte des Affaires maritimes en Guyane. Ce navire moderne, capable d'atteindre des vitesses élevées, est particulièrement adapté à l'interception des embarcations légères utilisées par les pêcheurs clandestins.

La VGC Alizé : vedette de la Gendarmerie maritime, elle assure une présence régulière sur les eaux guyanaises et participe aux opérations de contrôle des pêches.

Le patrouilleur La Résolue : navire de la Marine nationale, il apporte une capacité hauturière permettant d'intervenir au-delà de la bande côtière, là où opèrent les embarcations plus importantes.

Cette combinaison de moyens — maritimes et aériens lors de certaines opérations — illustre la coordination interministérielle mise en œuvre dans le cadre de l'Action de l'État en mer, placée sous l'autorité du préfet de Guyane, délégué du gouvernement pour l'action de l'État en mer.

Un phénomène structurel

La pêche illégale en Guyane n'est pas un épiphénomène. Elle constitue une menace permanente pour plusieurs raisons :

La proximité du Brésil : l'État voisin d'Amapá, séparé de la Guyane par le fleuve Oyapock, compte une importante communauté de pêcheurs artisanaux. Face à l'appauvrissement des stocks dans les eaux brésiliennes, beaucoup sont tentés de franchir la frontière maritime.

La richesse des eaux guyanaises : le plateau continental guyanais abrite des ressources halieutiques importantes, notamment des crevettes, du vivaneau et d'autres espèces à haute valeur commerciale. Cette abondance relative attire les convoitises.

Les difficultés de surveillance : avec 350 kilomètres de côtes et une zone économique exclusive de 130 000 km², la Guyane présente un défi logistique considérable pour les autorités. Malgré les moyens déployés, il est impossible de surveiller l'ensemble du territoire maritime en permanence.

Les enjeux économiques : pour les pêcheurs brésiliens, le différentiel de revenus entre une pêche légale au Brésil et une pêche illégale en Guyane peut être considérable, justifiant à leurs yeux les risques encourus.

Les conséquences environnementales

Au-delà des enjeux économiques et de souveraineté, la pêche illégale cause des dommages environnementaux majeurs :

Surexploitation des stocks : les pêcheurs clandestins ne respectent aucun quota, aucune taille minimale de capture, aucune période de repos biologique. Ils prélèvent tout ce qui peut être vendu.

Destruction des fonds marins : les filets utilisés, souvent de grande longueur (plus de 10 km saisis lors de cette seule opération), raclent les fonds et détruisent les habitats benthiques.

Captures accessoires : ces pratiques non sélectives entraînent la mort de nombreuses espèces non ciblées, y compris des espèces protégées (tortues marines, dauphins).

Pollution : les navires abandonnés ou coulés, les filets perdus ("filets fantômes") continuent de piéger et de tuer pendant des années.

La filière des vessies natatoires

La saisie de 66 kg de vessies natatoires mérite une attention particulière. Ces organes, également appelés "maw" en anglais commercial, sont extraits de certains poissons (notamment le totoaba au Mexique, mais aussi d'autres espèces en Amérique du Sud).

En Chine et dans les communautés chinoises d'Asie du Sud-Est, les vessies natatoires sont considérées comme un mets de luxe et un ingrédient de médecine traditionnelle. Les prix peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros le kilogramme pour les spécimens les plus recherchés.

Cette demande alimente un trafic international qui a conduit certaines espèces au bord de l'extinction. Les autorités guyanaises sont particulièrement vigilantes sur ce point, car la présence de vessies natatoires sur un navire intercepté peut indiquer une connexion avec des réseaux criminels organisés.

Les suites judiciaires

Les trois capitaines interpellés font l'objet de procédures administratives et pénales. Cependant, l'expérience montre que les sanctions prononcées n'ont qu'un effet dissuasif limité.

Les peines maximales encourues (six mois avec sursis, trois ans d'interdiction du territoire) sont rarement prononcées dans leur intégralité. Et même lorsqu'elles le sont, rien n'empêche les mêmes individus de reprendre la mer quelques mois plus tard, sur un autre navire.

Certains observateurs plaident pour un durcissement du cadre juridique, voire pour la mise en place de sanctions financières plus lourdes visant les armateurs et les filières d'écoulement, plutôt que les seuls pêcheurs qui sont souvent les maillons les plus fragiles de la chaîne.

Une vigilance permanente

Cette opération des 3 et 4 mars 2026 s'inscrit dans un effort continu des autorités françaises. Chaque année, des dizaines de navires sont interceptés, des centaines de tonnes de produits saisies.

Mais la pression ne faiblit pas. Tant que les conditions économiques et l'attrait des eaux guyanaises persisteront, la pêche illégale restera un défi majeur pour la Guyane française.

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