Serge Letchimy demande à la SAFER de préempter 869 hectares de terres agricoles promis à un opérateur privé. L’ASSAUPAMAR réclame d’abord de savoir à qui elles appartiennent.
« Je m’oppose fermement à ce que des centaines d’hectares de terres agricoles puissent échapper durablement à l’agriculture martiniquaise. » Dans un communiqué daté du 6 octobre 2026, le président du Conseil exécutif de Martinique, Serge Letchimy, dit avoir été informé d’une opération en cours visant à transférer à un opérateur privé le contrôle de 869 hectares répartis sur plusieurs communes, pour un montant annoncé de 10 millions d’euros. Il a demandé formellement à la SAFER de préempter et au préfet d’appliquer la loi Sempastous. Le même jour, l’association ASSAUPAMAR lui a répondu par un communiqué qui interroge d’abord la propriété de ces terres.
Ni le communiqué de la Collectivité territoriale ni celui de l’association ne précisent l’identité de l’acquéreur, du vendeur ou les communes concernées.
Un enjeu d’autonomie alimentaire
Pour Serge Letchimy, l’opération appelle « une vigilance toute particulière » au regard de l’ampleur du patrimoine et des tensions sur l’accès au foncier agricole. « Alors que l’accès à la terre constitue déjà une difficulté majeure pour nos agriculteurs », la prise de contrôle de 869 hectares par un même opérateur pose selon lui la question de l’équilibre foncier de l’île. Il s’appuie sur la loi Sempastous du 23 décembre 2021, qui vise à lutter contre la concentration excessive des terres et leur accaparement. Il estime que toutes les voies légales doivent être mobilisées pour examiner l’opération et, le cas échéant, y faire obstacle. « Notre foncier est notre capacité à produire », résume-t-il.
« Où sont les titres ? »
L’ASSAUPAMAR ne conteste pas l’objectif mais pose une série de questions : qui sont les propriétaires actuels, qui veut prendre le contrôle de ces terres, quelles sociétés sont concernées, quelles parcelles, dans quelles communes et sur quels titres de propriété. « Avant de parler de préemption, il faut savoir précisément ce que l’on veut préempter, à qui cela appartient », écrit l’association. Elle s’interroge aussi sur la capacité de la SAFER à financer une opération annoncée à 10 millions d’euros.
Plus largement, l’association dit alerter depuis des années sur les morcellements, les divisions et les mutations cadastrales. Elle affirme que, dans plusieurs dossiers examinés en commission, des opérations ont avancé sans que la propriété soit contrôlée. Le Code rural et de la pêche maritime prévoit pourtant la production d’une copie de l’acte de propriété pour certains morcellements agricoles. L’ASSAUPAMAR indique avoir écrit au préfet et aux administrations compétentes pour faire respecter les textes. Elle dit aussi avoir pris contact avec un avocat afin d’examiner d’éventuels recours.
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