Grand-Santi, Guyane : Quatre enseignants ont perdu la vie samedi 22 février après le chavirage de leur embarcation sur le Maroni, entre Apatou et Grand-Santi. Parmi eux, trois ressortissants haïtiens et une Guyanaise. Une cinquième personne, le piroguier, est toujours portée disparue.
Les faits
L'accident s'est produit en fin de journée. La pirogue transportait les enseignants qui regagnaient leur poste après le week-end, un trajet routinier pour ceux qui exercent dans les communes isolées du fleuve. Les corps ont été retrouvés dans les heures suivantes par les équipes de secours.
Les quatre victimes enseignaient dans les écoles de Grand-Santi, commune de 8 000 habitants accessible uniquement par voie fluviale ou aérienne. Le recteur de Guyane a confirmé leur décès et présenté ses condoléances aux familles.
Un isolement structurel
Ce drame repose la question des conditions de travail dans l'ouest guyanais. Pour rejoindre leur classe, les enseignants de Grand-Santi, Maripasoula ou Papaïchton n'ont pas d'autre choix que la pirogue, parfois plusieurs heures de navigation sur un fleuve capricieux, avec les risques que cela comporte.
Pas de route. Pas de pont. L'avion existe mais reste cher et peu fréquent. La pirogue demeure le moyen de transport quotidien, pour les enseignants comme pour les soignants, les fonctionnaires, les habitants.
Hommage et colère
Une cérémonie d'hommage a rassemblé la communauté éducative à Grand-Santi en début de semaine. Les drapeaux des écoles ont été mis en berne. Sur les réseaux sociaux, plusieurs voix ont dénoncé le "mépris" des autorités face aux conditions de vie sur le fleuve, un sentiment récurrent dans ces territoires qui se sentent oubliés de la République.
La communauté haïtienne de Guyane, très présente dans l'Éducation nationale locale, est particulièrement touchée. Beaucoup d'enseignants haïtiens acceptent ces postes isolés, là où les candidats métropolitains ou du littoral se font rares.
Ce qui reste à faire
L'enquête devra déterminer les circonstances exactes du chavirage. Mais au-delà de ce drame, c'est toute la question de l'accessibilité des communes de l'intérieur qui est posée. Chaque année, des accidents surviennent sur le Maroni et l'Oyapock. Chaque année, les élus locaux réclament des moyens, hélicoptères sanitaires, liaisons aériennes renforcées, équipements de sécurité.
En attendant, les enseignants de Grand-Santi reprendront la pirogue. Parce qu'il n'y a pas d'autre option.
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