Le 31 janvier, quatre enseignants originaires d'Haïti ont péri dans le chavirage de leur pirogue à Grand-Santi. Leurs obsèques, célébrées vendredi à Cayenne, ont ravivé les questions sur les conditions de travail dans les communes isolées de Guyane.
Quatre vies fauchées sur le Maroni
Wantho Lambert, Mackteison Jerome, Vercius Rooseley Console et Jean-Ritchy Doirin. Quatre noms, quatre enseignants du premier degré, quatre vies consacrées à l'éducation des enfants de Grand-Santi, commune isolée du Haut-Maroni accessible uniquement par voie fluviale.
Le 31 janvier 2026, leur embarcation a chaviré dans les eaux du fleuve. Malgré des recherches intensives, leurs corps n'ont été retrouvés que les 1er et 2 février. Le choc a été immense dans cette commune de l'Ouest guyanais, mais aussi dans toute la communauté éducative du territoire.
Des obsèques empreintes d'émotion
Vendredi 20 février, la cathédrale Saint-Sauveur de Cayenne a accueilli la cérémonie d'obsèques de trois des quatre victimes. Le quatrième enseignant avait été inhumé plus tôt dans la semaine.
"On ne peut que se recueillir devant ces personnes au service de la jeunesse guyanaise. Soutien, force et courage aux familles, à la communauté éducative et à la communauté haïtienne", a déclaré Jean-Pierre Neossaint, vice-président du Réseau des acteurs haïtiens de Guyane.
Dans l'assistance, l'émotion était à son comble. Malaises et cris ont traversé la cérémonie. "La douleur d'une mère est incontrôlable", témoigne Christiane, proche d'une des familles.
"On a fait la licence et le master ensemble avec Vercius Console. Nous étions tous les deux enseignants. Je suis venue soutenir la famille et lui rendre un dernier hommage", confie Renise, une ancienne camarade d'études.
"Notre famille a perdu quatre de ses membres"
Carine, directrice de l'école élémentaire Fanko Atjali Ami, a salué la mémoire de collègues engagés : "Nous rendons hommage à de très belles personnes. En tant qu'enseignants, on peut dire que notre famille a perdu quatre de ses membres."
Car au-delà du drame humain, c'est tout un système qui est interrogé. Dans les communes de l'intérieur guyanais, Grand-Santi, Maripasoula, Papaïchton, Camopi, Saül, la pirogue reste souvent le seul moyen de transport. Pour se rendre à l'école, pour rejoindre un centre de santé, pour simplement exister dans la République française.
L'indifférence préfectorale pointée du doigt
Sur les réseaux sociaux, la colère gronde. Le hashtag #JusticePourNosEnseignants a circulé sur X (ex-Twitter), accompagné d'accusations de "mépris préfectoral" envers les enseignants contractuels, souvent d'origine haïtienne, qui acceptent des postes dans ces zones difficiles.
Ces enseignants, recrutés pour pallier le manque criant de titulaires dans l'intérieur guyanais, exercent dans des conditions que peu de métropolitains accepteraient : isolement, infrastructures précaires, déplacements dangereux.
Des fonctionnaires de seconde zone ?
La question se pose avec acuité : les agents de l'État affectés dans les communes isolées de Guyane bénéficient-ils des mêmes garanties de sécurité que leurs homologues hexagonaux ?
Le transport fluvial, vital dans ces territoires enclavés, reste largement artisanal. Les pirogues, souvent surchargées, naviguent sur des fleuves aux courants traîtres. Les accidents sont réguliers, parfois mortels.
Wantho, Mackteison, Vercius et Jean-Ritchy ne sont pas les premiers à payer de leur vie leur engagement au service de l'éducation nationale en Guyane. Seront-ils les derniers ?
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