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Croissance réelle, chômage à 16,8 % : le grand écart de l'économie guyanaise

Croissance réelle, chômage à 16,8 % : le grand écart de l'économie guyanaise
Image d'illustration. DR

L'activité progresse, le moral des chefs d'entreprise est au plus haut depuis des trimestres. Et pourtant, près d'un actif sur six reste sans emploi. Décryptage d'une économie qui avance en grand écart.

Seize virgule huit pour cent de chômage d'un côté ; un climat des affaires au plus haut de l'autre. L'économie guyanaise avance, mais elle avance en grand écart.

Deux baromètres publiés coup sur coup le confirment. Selon l'Insee, l'activité mesurée par les heures rémunérées, a progressé de 0,9 % au troisième trimestre 2025 sur un an. Et l'IEDOM, la banque centrale des Outre-mer, situe son indicateur du climat des affaires, qui synthétise le moral des chefs d'entreprise, à 105,0 points au quatrième trimestre : au-dessus de sa moyenne de longue période pour le deuxième trimestre consécutif. Sur le papier, tout va plutôt bien.

Une croissance réelle, mais qui s'essouffle

Le détail nuance l'embellie. Ces +0,9 % marquent un net ralentissement : l'activité avait crû de 2,2 % au premier trimestre, puis de 1,5 % au deuxième. La Guyane reste toutefois une exception nationale, sur la même période, les heures rémunérées reculent de 0,3 % en France hors Mayotte.

Le moteur, c'est le tertiaire marchand (+1,6 %), tiré par le transport et l'entreposage (+4,7 %), l'hébergement-restauration (+5,0 %) et le commerce (+0,9 %). À l'inverse, la construction décroche : ses heures rémunérées chutent de 2,7 %, un repli qui s'installe dans la durée. Pour un secteur aussi sensible aux carnets de commandes publics, le signal mérite d'être suivi.

L'emploi grimpe, le chômage ne cède pas

Côté emploi, les chiffres sont bons. La Guyane comptait 75 200 salariés fin septembre, soit 1 070 de plus sur un an, portés par le secteur privé (+2,3 %, près de 950 emplois). Mais le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) reste scotché à 16,8 % de la population active, plus du double des 7,7 % relevés en France hors Mayotte. Et l'intérim, baromètre avancé de l'activité, recule encore de 6,6 % sur un an.

Dans le détail, la quasi-totalité des secteurs recrute : tertiaire marchand et non marchand en tête, agriculture en forte progression, construction qui se redresse timidement côté emploi après plusieurs trimestres difficiles. Seule l'industrie perd quelques postes. Mais ces gains, dispersés et souvent modestes, ne font pas le poids face à l'ampleur du besoin sur un territoire jeune, où chaque génération qui arrive sur le marché du travail est plus nombreuse que la précédente.

C'est le cœur du paradoxe guyanais : afficher de la croissance et un chômage massif en même temps. La richesse produite progresse, mais la population active augmente à un rythme que la création d'emplois ne rattrape pas. Une croissance qui ne se voit pas dans la file d'attente de France Travail reste, pour beaucoup d'habitants, une croissance abstraite.

Ce que les dirigeants doivent surveiller

Si la confiance est revenue, l'IEDOM en donne les raisons : l'adoption de la loi de finances pour 2026, la hausse du budget dédié aux Outre-mer, et le regain d'activité du Centre spatial guyanais, dont le récent tir d'Ariane 64 a rappelé la montée en cadence. Autant de visibilité retrouvée pour les entreprises.

Mais la même note pointe deux clignotants : les prévisions de trésorerie se dégradent et les délais de paiement continuent de s'allonger. Pour les dirigeants guyanais, ce sont les points à tenir à l'œil dans les mois qui viennent, au même titre que le BTP en repli et le tourisme d'affaires, en chute de 18,4 % sur la fréquentation hôtelière du troisième trimestre.

La Guyane fait mieux que l'Hexagone sur l'activité, et ses chefs d'entreprise y croient de nouveau. Mais tant que la croissance ne mordra pas sur un chômage deux fois supérieur à la moyenne nationale, l'embellie restera fragile et largement invisible pour une partie de la population. La prochaine note de conjoncture de l'IEDOM, comme le panorama « Conjoncture 2025 et perspectives 2026 en Outre-mer » paru le 10 juin, diront si l'éclaircie tient.

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