Deux sénateurs, dont le Guadeloupéen Victorin Lurel, ont remis fin juin un rapport sur le soutien public aux filières sucrières. Ils chiffrent à 109,5 millions d'euros par an les aides publiques directes à la filière canne à sucre des outre-mer et jugent nécessaire de les prolonger au-delà de 2028, dans une filière qu'ils estiment fragilisée de façon structurelle.
Christian Klinger (Les Républicains, Haut-Rhin) et Victorin Lurel (Socialiste, Écologiste et Républicain, Guadeloupe), rapporteurs spéciaux de la commission des finances du Sénat, ont présenté le 24 juin dernier les conclusions de leur contrôle sur le soutien public aux filières sucrières. Leur rapport d'information, intitulé « Financement public des filières sucrières : un goût pas trop amer ! », évalue à environ 109,5 millions d'euros par an les aides publiques directes aux producteurs de canne à sucre des départements d'outre-mer et formule six recommandations, dont plusieurs concernent directement la Guadeloupe et la Martinique.
Le poids de la filière est d'abord humain. Dans les quatre départements ultramarins, la canne mobilise près de 8 000 exploitations, soit l'équivalent de 7 100 emplois directs à temps plein, auxquels s'ajoutent plus de 600 salariés dans les sucreries. En comptant le rhum, produit par vingt-quatre distilleries pour près de 270 000 hectolitres d'alcool pur par an, l'ensemble canne, sucre et rhum génère environ 40 000 emplois directs, indirects et induits. Lors de la campagne 2024-2025, deux millions de tonnes de cannes ont été récoltées sur 35 220 hectares, pour 174 000 tonnes de sucre, dont 60 % partent en Europe pour y être raffinées.
Une réforme pensée pour la betterave
Les difficultés, écrivent les rapporteurs, sont « structurelles s'agissant de la canne à sucre », là où elles sont jugées « plus conjoncturelles » pour les betteraviers de l'hexagone. En cause, la fin des quotas sucriers européens en 2017. Les producteurs ultramarins n'ont pu ni étendre les surfaces, ni allonger la campagne, la canne ne se stockant pas après la récolte, ni mutualiser davantage les sucreries existantes, pour d'évidentes raisons géographiques. La suppression des quotas a aussi mis fin au travail à façon entre sucreries hexagonales et ultramarines, très profitable à ces dernières. L'industrie sucrière des outre-mer s'est ainsi trouvée exposée « aux conséquences d'une réforme d'abord conçue pour le sucre de betterave ». Le rapport pointe encore la hausse des coûts liée aux difficultés de maîtrise de l'enherbement, après le retrait de plusieurs substances actives.
L'échéance de 2028
Sur les 69,5 millions d'euros versés en 2024 au titre du POSEI à la filière canne-sucre-rhum, la Guadeloupe capte 24 % et la Martinique 2 %, contre 74 % pour La Réunion. L'aide à la garantie de prix, principal soutien avec 59,3 millions d'euros, a représenté 14 millions en Guadeloupe et 1,1 million en Martinique. S'y ajoutent les conventions-canne 2023-2028, signées entre l'État, les industriels et les planteurs, qui ont permis de relever de 90 à 128 millions d'euros le plafond de l'aide nationale surfacique. L'aide au surcoût est fixée par voie réglementaire à 447 euros par hectare en Guadeloupe et 397 euros en Martinique, contre 703 euros à La Réunion. Les rapporteurs demandent d'anticiper en négociant dès maintenant avec Bruxelles un nouveau rehaussement après 2028, et d'indexer sur l'inflation la prime bagasse, qui représente 31,9 millions d'euros par an
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