En difficulté structurelle, le bâtiment et les travaux publics de l'archipel subissent une double pression. D'un côté, une conjoncture qui se dégrade et des coûts de matériaux repartis à la hausse début 2026. De l'autre, depuis le 1er janvier, le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) taxe le clinker et les matériaux importés. Le ciment a déjà gonflé de 11 % en six mois.Un secteur déjà en recul
Selon la dernière note de conjoncture de l'Insee, l'activité économique se dégrade en Guadeloupe et le bâtiment-travaux publics pèse pour environ 0,8 à 0,9 point sur le recul trimestriel. La presse spécialisée s'est fait l'écho de la gravité de la situation : « en Guadeloupe, les entreprises de bâtiment et travaux publics s'enfoncent dans la crise », titrait Le Moniteur en 2026. Carnets de commandes qui se vident, marges qui fondent, reports de projets : le secteur, pourtant l'un des premiers employeurs de l'île, peine à retrouver un rythme de croisière depuis les chocs successifs de ces dernières années.
Des matériaux qui repartent à la hausse
Les coûts du BTP ont repris leur marche ascendante dès le début de l'année. En février 2026, le ciment en sac affichait une hausse de 10 % sur un an, le sable de 36,2 %, avec un pic de 86,6 % pour le sable de tranchée, et le bois résineux de 24,5 %, selon les indices suivis par la presse professionnelle Bâtisseurs. Les coûts de transport restent à un niveau élevé, avec un indice à 113,20, et l'énergie de chantier se maintient elle aussi au-dessus de sa base de référence (105,70). Autant de postes qui gonflent les budgets des opérations et freinent les décisions d'investissement, chez les particuliers comme chez les maîtres d'ouvrage publics.
MACF : quand Bruxelles taxe le clinker
Le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, institué par le règlement (UE) 2023/956, est entré dans sa phase définitive le 1er janvier 2026. Les importations de ciment, acier, aluminium et engrais produits hors Union européenne doivent désormais être couvertes par des certificats carbone dont le prix suit celui du marché européen, et cette obligation s'applique aussi aux territoires d'outre-mer. Or la Guadeloupe importe la quasi-totalité de ses matériaux : plus de 140 000 tonnes de clinker arrivent chaque année dans les Antilles et la Guyane, rappelle une tribune commune d'élus des Antilles et de la Guyane publiée en décembre 2025.Le Sénat a chiffré l'impact pour les régions ultrapériphériques : une hausse minimale de 11 % du prix du ciment, environ 7 % sur le béton prêt à l'emploi, et in fine une augmentation du coût de la construction estimée entre 3 et 5 %. Une question écrite déposée à l'Assemblée nationale en mai 2026 évoque même un surcoût de 34 % sur le ciment en 2026, dont 31 points imputables au seul MACF. Sur le terrain, la hausse est déjà visible : le prix du ciment a progressé de 11 % entre janvier et juin 2026 dans les Antilles et en Guyane, selon Outre-mer La 1ère. Les premiers certificats devront être achetés à partir de février 2027, ajoutant une facture supplémentaire à un territoire où l'État cherche précisément à endiguer la vie chère.
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