Une quinzaine de personnes se sont réunies le 20 juin à Fort-de-France malgré les averses liées au passage d’une onde tropicale pour réclamer une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles.
Malgré une météo peu favorable due au passage d’une onde tropicale, une quinzaine de personne, majoritairement des femmes, ont répondu, vendredi 20 juin, à l’appel d’une coalition d’associations féministes de Martinique sur la place de l’Enregistrement à Fort-de-France. Le rassemblement s’inscrivait dans le mouvement lancé depuis plusieurs semaines dans l’Hexagone après le meurtre de la jeune Lyhanna, 11 ans, dans le Gers. Son meurtrier présumé était connu de la justice, plusieurs plaintes pour viol sur mineur ayant déjà été déposées contre lui.
Depuis ce drame, des milliers de manifestants, là aussi majoritairement des femmes, se réunissent devant les tribunaux et le ministère de la Justice pour réclamer l’adoption d’une loi-cadre intégrale contre les violences sexistes et sexuelles (VSS). En Martinique, les associations ont choisi de relayer cet appel national tout en rappelant les réalités locales.
Dans leur texte de mobilisation, elles soulignent que les violences sexuelles à l’égard des femmes seraient deux fois plus fréquentes en Martinique que dans l’Hexagone et que les situations d’inceste y seraient trois fois plus nombreuses.
Parmi les participantes figurait Muriel, militante de l’association Culture Égalité. « Aujourd’hui, on se rallie à grand mouvement contre les violences sexistes et sexuelles », explique-t-elle, rappelant que « le terreau des violences sexuelles commence déjà avec le sexisme ». La militante a également insisté sur le travail de fond mené par les associations locales : « Ce n’est pas parce qu’on ne fait pas de grandes manifestations qu’on n’est pas interpellé toute l’année. Toutes les associations qui sont dans cette coalition œuvrent toute l’année pour accompagner des femmes et des jeunes filles victimes de violences sexuelles. »
Une loi-cadre pour agir à tous les niveaux
Portée par une coalition de plus de 150 organisations féministes, syndicales et de protection de l’enfance, la loi intégrale vise à coordonner l’ensemble des politiques publiques en matière de violences sexistes et sexuelles. Elle prévoit notamment un renforcement de la prévention, de la protection des victimes, de l’accompagnement social et psychologique, de la formation des professionnels, ainsi que des moyens supplémentaires pour la justice.
Pour Muriel, l’intérêt du dispositif réside dans sa portée globale. « Ça permettrait au moins qu’il y ait une loi-cadre, une loi intégrale qui prenne toutes les mesures possibles. »
La militante estime toutefois que l’efficacité dépendra de sa mise en œuvre. « On a beaucoup d’arsenal législatif, mais il faut appliquer les lois et surtout punir quand elles ne sont pas appliquées. » Selon elle, l’enjeu est désormais de s’assurer que les moyens humains, financiers et institutionnels suivent les ambitions affichées.
Une situation particulièrement préoccupante en Martinique
Les données disponibles confirment l’importance du phénomène sur le territoire. Dans son appel à mobilisation, la coalition féministe martiniquaise rappelle que les femmes y déclarent davantage de violences sexuelles qu’en France hexagonale et que les situations d’inceste y sont nettement plus fréquentes. Muriel évoque plusieurs facteurs susceptibles d’expliquer cette réalité : « Il y a une ampleur beaucoup plus importante qu’on ne pense. » Elle souligne notamment les spécificités d’un territoire insulaire où « tout le monde se connaît » où il est difficile de fuir, ce qui peut compliquer les démarches des victimes. « Il y a aussi le rapport à la religion qui ne permet pas non plus de pouvoir trop parler », ajoute-t-elle.
Les chiffres judiciaires témoignent eux aussi de l’ampleur du phénomène. En 2025, le parquet de Fort-de-France a enregistré 62 procédures pour viols sur mineurs et 70 pour agressions sexuelles sur mineurs, soit 132 procédures concernant des enfants. À cela s’ajoutent 259 procédures pour viols et agressions sexuelles commis sur des majeurs.
Cette mobilisation intervient alors que les autorités judiciaires constatent depuis plusieurs années une hausse des signalements. Lors d’une conférence de presse le 18 juin dernier, le procureur général de Fort-de-France indiquait que plus de 700 procédures liées à des violences sexuelles sur mineurs étaient en cours en Martinique. Il y voyait la confirmation d’une libération progressive de la parole des victimes, longtemps freinée par le poids du silence familial, social ou culturel.
Pour les associations mobilisées le 20 juin, cette évolution constitue un signal encourageant mais insuffisant. La multiplication des révélations ne réduit pas à elle seule les violences. C’est précisément pour cette raison qu’elles soutiennent l’adoption d’une loi-cadre intégrale, qu’elles considèrent comme une étape nécessaire pour améliorer à la fois la prévention, la prise en charge des victimes et la réponse judiciaire.
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