Inaugurée le 22 avril, la plateforme GUYOMIQUE permet enfin d'analyser sur place le génome du vivant guyanais. Pour 600 000 euros, l'Université de Guyane gagne une autonomie scientifique qui lui manquait et le territoire, un peu de la maîtrise de son propre patrimoine naturel.
Jusqu'ici, pour séquencer l'ADN d'une plante, d'un poisson ou d'un agent pathogène guyanais, il fallait souvent envoyer les échantillons à des milliers de kilomètres et attendre. Depuis le 22 avril 2026, ce n'est plus une fatalité. Ce jour-là, l'Université de Guyane a inauguré GUYOMIQUE, une plateforme de recherche en génomique installée à l'Institut Pasteur de Cayenne, portée conjointement avec le CNRS et l'IRD.
L'outil paraît technique ; son enjeu ne l'est pas. La Guyane abrite l'une des biodiversités les plus riches de France et d'Europe. Pouvoir y mener sur place des analyses génétiques de pointe, c'est gagner un temps précieux et coller aux questions locales : surveiller les écosystèmes, détecter des pathogènes, identifier et protéger des espèces menacées. Bref, étudier l'Amazonie depuis l'Amazonie, plutôt qu'à distance.
Une autonomie scientifique qui change la donne
Le projet a été financé à hauteur de 600 000 euros par le FEDER, les fonds européens. Modeste au regard de grands équipements hexagonaux, l'investissement est stratégique pour un territoire qui réclame depuis longtemps les moyens de sa recherche. À l'inauguration, en présence du préfet Antoine Poussier et du recteur Guillaume Gelle, l'administratrice provisoire de l'Université, Martine Sébéloué, a insisté sur ce point : l'autonomie scientifique d'une région qui ne veut plus seulement fournir des échantillons, mais produire elle-même du savoir.
La plateforme ne sert pas qu'aux chercheurs. Les étudiants du master BEE, biologie, écologie, évolution, y accèdent à des technologies que beaucoup d'universités hexagonales leur envient. De quoi enrichir leur formation, et donner à la jeunesse guyanaise une raison de plus de faire ses études, et sa carrière, sur place.
Un pari sur la matière grise
GUYOMIQUE s'inscrit dans un mouvement plus large, autour notamment du projet AIBSI, qui veut structurer une recherche de haut niveau sur la biodiversité amazonienne. L'idée commune : faire de la Guyane non pas un terrain d'étude que d'autres exploitent, mais un acteur scientifique à part entière, capable d'attirer des talents et de monter des projets d'envergure nationale et internationale.
Dans une région où l'économie cherche des relais de croissance, l'économie de la connaissance en est un, discret mais réel. Chaque analyse réalisée à Cayenne plutôt qu'ailleurs, c'est de la valeur, des compétences et des emplois qui restent. Lire le vivant guyanais chez soi : ce n'est pas seulement une avancée pour la science, c'est une petite victoire de souveraineté.
Cet article vous a plu ?
Inscrivez-vous gratuitement pour recevoir les prochains directement par email.
Pas de publicité, pas de spam, données jamais revendues.

À lire aussi
Choose Outre-mer, le pari des atouts
oct. 03, 2026
Ary Chalus condamné, il fait appel et reste à la Région
oct. 02, 2026
Narcotrafic : le Grand Port verrouille ses quais
oct. 02, 2026