Malgré les ondes tropicales de ces derniers jours, la sécheresse ne desserre pas son étreinte sur l'agriculture martiniquaise. La préfecture a annoncé, le 18 août, une réunion de l'ensemble des filières le 25 août à Fort-de-France, alors que la reconnaissance de calamité agricole reste en cours d'instruction.
L'onde tropicale n°32, qui a valu à l'île une vigilance orange le week-end des 15 et 16 août, puis l'onde n°33 dans la nuit du 17 au 18, n'auront rien changé. Dans sa tendance mensuelle élaborée le 14 août, Météo-France annonce des pluies « inférieures à très inférieures aux normales » jusqu'au 13 septembre, et un trimestre août-octobre plus sec et plus chaud que d'ordinaire, alors qu'il devrait permettre la reconstitution des réserves en eau.
Dans ce contexte, le préfet a convié le mardi 25 août, à la préfecture à Fort-de-France, les représentants des filières agricoles (élevage, productions végétales, banane, canne, apiculture) et les partenaires institutionnels, dont la CTM, la DRFiP et la CGSS. L'annonce figure dans un communiqué du cabinet du préfet diffusé le 18 août 2026, qui vise à « faire un nouveau point de situation avec l'ensemble de la profession », en articulation avec la Chambre d'agriculture.
Le territoire connaît depuis juin une sécheresse « exceptionnelle pour la saison », relève la préfecture, et reste placé en alerte sécheresse, avec restrictions des usages de l'eau, depuis la mi-juillet. Les agriculteurs figurent « parmi les professionnels les plus en difficultés » : baisse des rendements, pertes de récolte, surmortalité animale, hausse du coût de l'alimentation et raréfaction du fourrage.
Bananes et regains pour nourrir les troupeaux
Pour pallier le manque de fourrage, les filières de la canne et de la banane proposent gratuitement aux éleveurs des écarts de bananes et des regains, l'herbe qui repousse après la première fauche, l'État participant exceptionnellement aux frais de transport. Le 13 août, la coopérative Banamart a livré une quinzaine de tonnes de bananes à la Coopérative des éleveurs de Martinique (Codem), pour les élevages du sud. Selon la Codem, plus de 200 bovins sont morts depuis janvier sur un cheptel d'environ 8 000 têtes.
La reconnaissance de calamité agricole, elle, suit son cours. Deux réunions du comité départemental d'expertise ont été organisées par la direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (DAAF) et les visites de terrain ont commencé dès le début de l'été. Le recueil des données, pertes, mortalité et surcoûts, se poursuit avec la Chambre d'agriculture et les organisations de producteurs. « L'enjeu est que cette demande prenne bien en compte toutes les filières concernées », insiste la préfecture. La CTM se dit « prête à agir » via les fonds Feader une fois la reconnaissance acquise.
Un plan d'urgence attendu dans les prochaines semaines
Le plan d'urgence annoncé par le Premier ministre dans sa lettre ouverte aux agriculteurs du 15 août sera décliné « dans les prochaines semaines » en Martinique : aides à la trésorerie et à la remise en production, dégrèvements de taxe foncière sur les propriétés non bâties, prises en charge de cotisations sociales. La ministre de l'Agriculture Annie Genevard, qui a évoqué le 13 août plusieurs centaines de millions d'euros pour l'indemnité de solidarité nationale, réunit les préfets de région, outre-mer compris, le 27 août.
Les députés Jean-Philippe Nilor et Marcellin Nadeau, puis Béatrice Bellay, ont saisi le gouvernement pour réclamer l'indemnisation des animaux morts et un plan de sécurisation de l'eau agricole. En toile de fond : l'application outre-mer de dispositifs pensés pour l'hexagone.
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