Le permis d'exploitation aurifère « Acajou » a été étendu selon des modalités publiées le 25 avril 2026. Il s'ajoute au permis « Couriège » attribué à Auplata Mining Group par décret du 2 juillet 2024. Deux mouvements successifs qui témoignent de la consolidation, dans un cadre juridique récemment réformé par la loi n°2026-403 du 26 mai 2026, de la filière or industrielle guyanaise. L'or représente environ 99 % de l'activité minière du territoire. Enjeu économique et environnemental structurel, souvent perçu à travers le prisme de l'orpaillage illégal, mais dont le versant légal mérite d'être suivi pour ses effets sur l'emploi, sur les retombées fiscales et sur l'articulation avec la trajectoire de développement durable de la Guyane.
Deux permis, deux étapes d'une filière qui se structure
Le permis Acajou est un titre d'exploitation minière déjà existant, dont l'extension a fait l'objet d'une décision publiée le 25 avril 2026. L'extension d'un permis permet à son détenteur de poursuivre son activité sur un périmètre géographique ajusté aux réalités opérationnelles, sans repasser par une procédure d'attribution complète.
Le permis Couriège, attribué à Auplata Mining Group par décret du 2 juillet 2024, ouvrait un cycle d'exploitation nouveau. Auplata Mining Group est l'un des principaux acteurs de la filière or industrielle guyanaise. Il opère plusieurs sites d'exploration et d'exploitation, dans une logique de mine à ciel ouvert avec traitement du minerai selon les standards industriels modernes.
Ces deux mouvements s'inscrivent dans un cadre juridique qui vient d'être partiellement refondu. La loi n°2026-403 du 26 mai 2026 a modifié plusieurs dispositions concernant les permis miniers et les autorisations en Guyane. Les modifications portent notamment sur les procédures d'attribution, sur les conditions environnementales attachées aux titres, sur l'articulation entre État, collectivité et opérateurs.
Ce que produit l'or industriel en Guyane
L'activité minière guyanaise est aurifère à 99 % environ. Quelques projets marginaux concernent le diamant et le colombo-tantalite, mais l'or reste le pivot de la filière. L'exploitation légale se répartit entre plusieurs opérateurs, dont Auplata Mining Group, Compagnie Minière Espérance et quelques exploitants de taille intermédiaire.
Les volumes annuels d'or extrait légalement en Guyane restent modestes par rapport aux productions internationales (Canada, Australie, Russie, Chine). Ils sont significatifs à l'échelle du territoire. Ils génèrent quelques centaines d'emplois directs, plusieurs centaines d'emplois indirects, des recettes fiscales et redevances, et des marchés pour des sous-traitants locaux (transport, logistique, maintenance industrielle, sécurité de site).
L'or extrait est en partie transformé sur place (raffinage, mise sous forme de lingots) et en partie exporté. Il alimente les circuits internationaux de commerce des métaux précieux, à un moment où le cours mondial de l'or reste soutenu.
L'ombre portée de l'orpaillage illégal
La filière or légale évolue dans un contexte où l'orpaillage illégal est un enjeu majeur pour le territoire. Le bilan intermédiaire 2026 de l'opération Harpie fait état de 428 sites clandestins démantelés, 62 millions d'euros de préjudice inflligé aux réseaux criminels, 3 500 abris détruits, 57 kg de mercure saisis. L'ampleur du phénomène illégal dépasse largement l'activité légale.
Cette configuration crée pour la filière légale un double enjeu. Enjeu réputationnel d'abord : les opérateurs légaux sont souvent perçus par une partie de l'opinion et des associations environnementales à travers le prisme des dérives de l'orpaillage clandestin. Enjeu opérationnel ensuite : les zones exploitées légalement peuvent être approchées, contournées ou parasitées par les circuits illégaux, avec des risques de sécurité et de conflit foncier.
Les opérateurs légaux ont donc un intérêt fort à se démarquer par la qualité de leurs pratiques environnementales, par la traçabilité de leur production, par la conformité aux standards internationaux (Responsible Gold Mining Principles du World Gold Council, standards RJC pour la traçabilité du bijou).
Ce que change la loi du 26 mai 2026
La loi n°2026-403 du 26 mai 2026 constitue un texte technique dont les modalités d'application sont progressives. Sans en connaître à ce stade tous les décrets d'application, plusieurs orientations semblent se dessiner.
Le renforcement des conditions environnementales attachées aux titres miniers, avec des exigences accrues sur les études d'impact, sur les garanties financières de remise en état des sites, sur le suivi post-exploitation. Ces obligations peuvent alourdir les coûts pour les opérateurs mais sécurisent la qualité de la filière et son acceptabilité sociale.
L'articulation renforcée avec la CTG et les collectivités locales concernées, notamment sur les questions foncières, sur les retombées locales, sur la concertation en amont des projets. Un opérateur qui souhaite ouvrir un nouveau site aura à démontrer, plus qu'auparavant, la qualité de son ancrage local.
La clarification des procédures pour lutter contre les circuits illégaux, avec des dispositifs de coordination administrative et judiciaire renforcés entre État, gendarmerie, douanes et autorités préfectorales.
Ce que les acteurs économiques du territoire peuvent en retenir
Pour les opérateurs miniers déjà implantés, la période est à l'ajustement de leurs pratiques aux nouvelles exigences juridiques. Auplata Mining Group, comme ses concurrents, doit intégrer les modifications du cadre dans ses procédures internes, dans ses relations avec les autorités, dans sa communication publique.
Pour les entreprises sous-traitantes de la filière (transport de minerai, logistique aéroportée pour les sites reculés, sécurité, restauration collective, ingénierie environnementale, réhabilitation de sites), l'activité reste soutenue. Les nouveaux permis et les extensions génèrent un pipeline de commandes prévisible sur plusieurs années.
Pour les investisseurs et les bailleurs de fonds, la filière or légale guyanaise reste un placement à surveiller. Elle bénéficie du soutien du cours mondial de l'or et de la stabilité juridique française. Elle est exposée aux risques opérationnels (accès aux sites, tensions avec l'orpaillage illégal, aléas environnementaux) et aux risques réputationnels liés au débat public sur l'exploitation minière tropicale.
Pour les associations environnementales et les collectifs de vigilance, la nouvelle loi ouvre des espaces d'intervention dans les procédures d'attribution et de renouvellement des permis. Le débat public sur chaque nouveau projet reste un ingrédient structurant de la vie démocratique locale sur les questions minières.
Ce que la trajectoire 2026-2030 pourrait dessiner
La filière or industrielle guyanaise semble s'installer dans une phase de consolidation plutôt que d'expansion. Les nouveaux titres portent sur des périmètres circonscrits, dans un cadre juridique renforcé. L'expansion massive de l'activité aurifère légale ne semble pas être à l'agenda immédiat, tant pour des raisons économiques (prix du transport, coûts d'exploitation en Amazonie) que politiques (acceptabilité sociale, contraintes environnementales).
Pour la Guyane, cette configuration présente un équilibre. L'activité industrielle contribue à l'économie et à l'emploi, dans un cadre encadré. Elle coexiste avec des enjeux environnementaux forts qu'elle doit intégrer dans ses pratiques. Elle se distingue nettement de l'orpaillage illégal, qui reste le vrai enjeu de sécurité et d'écologie sur le territoire.
Le permis Acajou étendu et le permis Couriège d'Auplata Mining Group sont des jalons d'une filière qui avance. Sans effet spectaculaire, dans un cadre juridique récemment refondu, elle constitue un des piliers, discrets mais réels, de l'économie industrielle guyanaise.
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