Le territoire amazonien veut un mix électrique entièrement renouvelable dès 2027. Un objectif à portée de main grâce à l'hydraulique et au solaire mais qui repose aussi sur une grande centrale au biocarburant importé, le Larivot, qui fait débat.
Pour une fois, la Guyane part avec une longueur d'avance. Alors que la France hexagonale bataille pour verdir son électricité, le département amazonien affichait déjà 73 % d'énergies renouvelables dans son mix fin 2022, porté pour l'essentiel par le barrage de Petit Saut et par le solaire. La prochaine Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) veut franchir le dernier pas : 100 % d'électricité renouvelable pour les communes du littoral reliées au réseau dès 2027, et l'autonomie énergétique du territoire en 2030.
Sur le papier, la trajectoire est crédible. La PPE prévoit d'ajouter d'ici 2033 une soixantaine de mégawatts de solaire qui ne pesait que 7 % de la consommation en 2024, de renforcer la biomasse solide, de valoriser les déchets, et même d'installer une vingtaine de mégawatts d'éolien, à condition que l'armée, qui surveille le centre spatial avec ses radars, lève ses réserves. Une région de 300 000 habitants en pleine croissance démographique qui viserait le 100 % renouvelable : la performance serait remarquable pour une zone non reliée au réseau continental.
Le Larivot, assurance anti-black-out et pomme de discorde
Reste un astérisque, et il est de taille. Pour sécuriser un réseau encore sujet aux coupures, la Guyane mise sur la centrale du Larivot, près de Cayenne : 120 mégawatts, 700 millions d'euros, le plus gros investissement en cours sur le territoire, et une mise en service prévue en 2026. Elle remplacera la vieille centrale thermique polluante de Dégrad-des-Cannes, ce qui est une bonne nouvelle. Mais elle fonctionnera à la biomasse liquide, du colza, qu'EDF devra importer à hauteur de 100 000 tonnes par an, faute de filière locale.
C'est tout le paradoxe que pointent les défenseurs des renouvelables. « On aurait pu aller beaucoup plus loin en intégrant davantage de sources locales, et limiter les bioliquides importés au strict minimum », résume le représentant régional du Syndicat des énergies renouvelables. La Collectivité territoriale, consciente de cette dépendance, assure vouloir n'utiliser le Larivot qu'« a minima », comme un filet de sécurité plutôt qu'une source de production. Sur le papier toujours, la centrale ne pèserait qu'entre 15 % et 35 % du mix en 2033, si tous les projets renouvelables prévus voient le jour.
L'innovation au chevet des villages
Le plus enthousiasmant se joue peut-être loin du littoral, dans ces communes de l'intérieur que rien ne relie au grand réseau. Là, EDF travaille à des solutions sur mesure : un mix hydraulique-biomasse-batteries étudié pour Maripasoula et Papaïchton, une centrale hybride solaire-hydrogène envisagée pour Régina et Saül. Des micro-réseaux pensés pour des bourgs amazoniens, qui pourraient faire de la Guyane un véritable laboratoire mondial de l'électrification propre en milieu isolé.
La Guyane a donc les cartes pour devenir une vitrine des renouvelables. Le vrai défi ne sera pas d'atteindre le 100 % en 2027, l'hydraulique et le solaire y pourvoiront largement mais de tenir cet objectif dans la durée sans dépendre d'un carburant qui arrive par bateau. L'autonomie énergétique, elle, reste à construire.
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