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Cocaïne en Guyane : 19 kilos saisis en février, le trafic de mules ne faiblit pas

Cocaïne en Guyane : 19 kilos saisis en février, le trafic de mules ne faiblit pas
Image d'illustration.

En un seul mois, 21 passeurs ont été interpellés à l'aéroport Félix-Éboué alors qu'ils tentaient de rejoindre l'Hexagone avec de la drogue. Un préjudice de plus de 1,2 million d'euros pour les trafiquants, mais un phénomène qui semble impossible à endiguer.

Un mois de février chargé pour les douanes

Les chiffres communiqués par la police nationale de Guyane sont éloquents : en février 2026, plus de 19 kilos de cocaïne ont été saisis à l'aéroport Félix-Éboué de Cayenne-Matoury. Vingt et une personnes, communément appelées « mules », ont été interpellées alors qu'elles tentaient d'embarquer sur des vols à destination de l'Hexagone avec de la drogue dissimulée sur elles ou dans leurs bagages.

Pour les trafiquants qui les employaient, le préjudice est estimé à plus de 1,235 million d'euros, le prix de revente de la cocaïne en France métropolitaine étant nettement supérieur à son coût d'achat en Amérique du Sud.

Ces interpellations ont eu lieu dans le cadre des opérations « 100 % contrôle », des dispositifs renforcés menés conjointement par la police aux frontières (PAF) et les services des douanes. Ces opérations, qui ciblent l'ensemble des passagers sur certains vols, permettent de multiplier les contrôles et d'augmenter significativement les chances de détection.

Un phénomène structurel

Ces saisies de février 2026 ne sont malheureusement pas exceptionnelles. Elles s'inscrivent dans un flux continu de tentatives de trafic qui font de l'aéroport de Cayenne l'un des points de passage les plus surveillés de France en matière de lutte contre les stupéfiants.

La Guyane, territoire français enclavé entre le Brésil et le Suriname, deux pays d'Amérique du Sud où transite une partie importante de la production colombienne de cocaïne, occupe une position géographique qui en fait une porte d'entrée privilégiée vers l'Europe via les vols réguliers vers Paris-Orly.

Le principe du trafic par mules est simple : des individus, souvent recrutés parmi les populations précaires, acceptent de transporter de la drogue en échange d'une rémunération. La cocaïne peut être dissimulée dans les bagages (fonds de valise aménagés, produits alimentaires trafiqués), sur le corps (strapping, prothèses), ou ingérée sous forme de capsules (« boulettes »).

Qui sont les mules ?

Le profil des personnes interpellées est varié, mais certaines constantes émergent. Beaucoup sont des primo-délinquants, sans antécédents judiciaires, ce qui leur permet d'éveiller moins de soupçons. Parmi eux, on trouve :

  • Des Guyanais en difficulté financière, tentés par la promesse d'une rémunération rapide (souvent quelques milliers d'euros pour un « voyage »).
  • Des Métropolitains venus en Guyane spécifiquement pour ce type de « mission », recrutés via des réseaux sociaux ou des intermédiaires.
  • Des ressortissants étrangers (Brésiliens, Surinamais, parfois d'autres nationalités) utilisant la Guyane comme point de transit.
  • Des femmes, dont la proportion a augmenté ces dernières années, les trafiquants estimant qu'elles éveillent moins de soupçons.

La justice guyanaise traite chaque année des centaines de dossiers de ce type. Les peines encourues sont lourdes : jusqu'à 10 ans d'emprisonnement et 7,5 millions d'euros d'amende pour transport de stupéfiants. En pratique, les mules condamnées écopent généralement de peines allant de quelques mois à plusieurs années de prison ferme, selon les quantités transportées et leur rôle dans le réseau.

Un système qui s'adapte

Face au renforcement des contrôles à l'aéroport, les réseaux de trafic ne cessent de s'adapter. Plusieurs tendances ont été observées ces dernières années :

Diversification des méthodes de dissimulation : les douaniers découvrent régulièrement de nouvelles techniques, cocaïne liquéfiée imprégnant des vêtements, drogue moulée dans des objets du quotidien, capsules de plus en plus sophistiquées.

Multiplication des vols : plutôt que de concentrer de grosses quantités sur un seul passeur, les réseaux préfèrent parfois envoyer plusieurs mules avec de plus petites quantités, diluant ainsi le risque.

Utilisation de complices « éclaireurs » : certains réseaux envoient des individus « propres » pour tester les contrôles avant de faire passer les mules chargées.

Recrutement via les réseaux sociaux : des annonces alléchantes circulent sur certaines plateformes, promettant des « voyages tous frais payés » avec rémunération à la clé.

Les moyens de détection

Pour contrer ces stratégies, les autorités disposent d'un arsenal de plus en plus performant :

  • Scanners corporels : installés à l'aéroport de Cayenne, ils permettent de détecter les dissimulations sur le corps.
  • Équipes cynophiles : les chiens renifleurs restent particulièrement efficaces pour détecter la cocaïne dans les bagages.
  • Profilage comportemental : les agents sont formés à repérer les signes de stress ou les comportements suspects.
  • Coopération internationale : les services français travaillent avec leurs homologues brésiliens, surinamais et des pays de transit pour remonter les filières.

Les opérations « 100 % contrôle », comme celles menées en février, consistent à contrôler systématiquement tous les passagers d'un vol donné. Elles sont annoncées à l'avance (sans préciser quel vol sera ciblé), ce qui a aussi un effet dissuasif.

Un impact humain considérable

Au-delà des chiffres, le trafic de mules a des conséquences humaines dramatiques. Pour les passeurs interpellés, c'est souvent l'engrenage judiciaire : garde à vue, comparution immédiate, incarcération au centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly. Beaucoup laissent derrière eux des familles, des emplois, une vie sociale.

Les cas les plus tragiques concernent les « bouletteurs », ceux qui ingèrent des capsules de cocaïne. Si une capsule se rompt dans l'estomac, c'est l'overdose quasi certaine et souvent la mort. Des décès de ce type sont régulièrement signalés, tant en Guyane qu'à l'arrivée à Paris.

Pour le territoire guyanais, ce trafic contribue aussi à alimenter une économie souterraine qui déstabilise le tissu social. L'argent de la drogue circule, attire des jeunes vers la délinquance, et finance parfois d'autres activités criminelles.

Une lutte sans fin ?

Malgré les saisies et les interpellations, le flux de cocaïne passant par la Guyane ne semble pas diminuer. Les 19 kilos saisis en février représentent vraisemblablement une fraction de ce qui transite réellement. Les autorités estiment généralement que les services ne parviennent à intercepter qu'entre 10 et 20 % des quantités réellement exportées.

Cette réalité pose la question de l'efficacité des politiques actuelles et des moyens supplémentaires à déployer. Certains plaident pour un renforcement des effectifs de douane et de police aux frontières. D'autres mettent en avant la nécessité d'agir en amont, sur les causes socio-économiques qui poussent des individus à accepter de devenir mules.

En attendant, les opérations se poursuivent. Et chaque mois apporte son lot de saisies, d'interpellations et de procès, le signe d'une lutte qui, sans mettre fin au trafic, permet au moins d'en limiter l'ampleur.

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