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Affaire Rony Cély : non-lieu pour les gendarmes, la famille fait appel

Affaire Rony Cély : non-lieu pour les gendarmes, la famille fait appel
Image d'illustration. DL

Le tribunal de Pointe-à-Pitre a prononcé le 18 mars 2026 un non-lieu dans l'enquête sur la mort de Rony Cély, abattu par des gendarmes le 9 janvier 2024 à Goyave alors qu'il traversait une crise de schizophrénie. Cette décision, fondée sur la légitime défense, est contestée par la famille qui a immédiatement fait appel. L'affaire relance le débat sur l'intervention des forces de l'ordre face aux personnes souffrant de troubles psychiatriques.

Les faits : une intervention mortelle en trente secondes

Le contexte de l'intervention

Le 9 janvier 2024, à Goyave, commune du sud de la Basse-Terre, Rony Cély, 39 ans, est en proie à une crise aiguë liée à sa schizophrénie. Dans cet état de décompensation psychiatrique, il blesse deux voisins à l'aide d'un coutelas.

Une patrouille de gendarmerie est immédiatement dépêchée sur les lieux. À leur arrivée, les militaires font face à un homme armé, en état d'agitation extrême.

La séquence fatale

Selon les éléments versés au dossier, les gendarmes ordonnent à Rony Cély de lâcher son arme. L'homme se retourne alors et se dirige vers eux. En quelques secondes, un gendarme ouvre le feu.

Huit coups de feu sont tirés. Rony Cély s'effondre et décède de ses blessures.

L'ensemble de la séquence, de l'arrivée des gendarmes au tir mortel, se serait déroulé en moins de trente secondes, selon l'avocate de la famille.

Une caméra-piéton portée par l'un des militaires a enregistré la scène. Ces images, versées au dossier d'instruction, sont au cœur de la controverse.

La procédure judiciaire

L'ouverture de l'enquête

Conformément à la procédure applicable en cas de décès lors d'une intervention des forces de l'ordre, une enquête a été ouverte sous l'autorité du parquet. L'affaire présentant une sensibilité particulière, les parquets de Basse-Terre et de Pointe-à-Pitre se sont coordonnés.

La famille de Rony Cély s'est constituée partie civile, rejointe par un collectif de soutien. Une marche silencieuse a été organisée fin janvier 2024 pour réclamer justice.

L'ordonnance de non-lieu

Le 18 mars 2026, soit plus de deux ans après les faits, le juge d'instruction a rendu une ordonnance de non-lieu. Cette décision signifie qu'il n'existe pas de charges suffisantes pour renvoyer les gendarmes devant une juridiction de jugement.

En droit pénal, le non-lieu peut être prononcé pour plusieurs motifs (article 177 du Code de procédure pénale) :

  • Les faits ne constituent pas une infraction
  • L'auteur est inconnu
  • Les charges sont insuffisantes
  • L'auteur bénéficie d'un fait justificatif (comme la légitime défense)

En l'espèce, c'est ce dernier motif qui fonde la décision.

L'argumentation juridique

La position du parquet : la légitime défense

Dans son réquisitoire, la procureure de la République a estimé que les conditions de la légitime défense étaient réunies.

L'article 122-5 du Code pénal dispose : « N'est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit, dans le même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d'elle-même ou d'autrui, sauf s'il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l'atteinte. »

Pour les forces de l'ordre, l'article L. 435-1 du Code de la sécurité intérieure précise les conditions d'usage des armes, notamment :

  • En cas de menace imminente pour leur vie ou leur intégrité physique
  • Lorsqu'une personne armée refuse de déposer son arme après sommations

Le parquet a retenu :

  • L'existence d'une menace immédiate et grave (homme armé d'un coutelas, ayant déjà blessé deux personnes)
  • Un contexte d'urgence ne permettant pas d'alternative
  • Une riposte quasi simultanée à l'attaque

La contestation de la famille : disproportion et défaut de prise en charge

L'avocate de la famille, Me Gladys Démocrite, conteste cette analyse sur plusieurs points.

La rapidité de l'intervention : Selon elle, les gendarmes n'ont pas laissé le temps à la situation de se stabiliser. « Le gendarme a pointé son arme, il lui a parlé avec agressivité et, en réalité, Rony a été abattu en 30 secondes », affirme-t-elle.

L'attitude du tireur : L'avocate estime que la vidéo de la caméra-piéton révèle une approche inadaptée, voire agressive, qui aurait contribué à l'escalade.

Le nombre de tirs : Huit coups de feu pour neutraliser un homme armé d'un coutelas pose la question de la proportionnalité de la riposte.

L'absence de secours immédiats : La famille reproche aux gendarmes de ne pas avoir porté assistance à Rony Cély après les tirs, ce qui aurait pu aggraver ses chances de survie.

L'inadaptation aux troubles psychiatriques : Au-delà de la question pénale, la défense soulève un problème de fond : les forces de l'ordre sont-elles formées et équipées pour intervenir face à des personnes en crise psychique ?

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