Les sargasses pourraient fertiliser les sols : une étude relance l'espoir d'une valorisation locale

Les sargasses pourraient fertiliser les sols : une étude relance l'espoir d'une valorisation locale
Sargasse sur la plage de Morel près de la ville du Moule sur Grande-Terre en Guadeloupe.

Alors que la saison des sargasses approche, une étude de l'Université de Lorraine ouvre des perspectives encourageantes. Le biochar issu de ces algues brunes pourrait améliorer la fertilité des sols guadeloupéens et contribuer à la lutte contre la pollution au chlordécone.

Les sargasses arrivent généralement dans les eaux guadeloupéennes en mars. L'archipel a connu en 2025 une saison particulièrement intense, avec des échouages massifs sur les côtes de Grande-Terre et de Basse-Terre. Chaque année, la même question revient : que faire de ces tonnes d'algues brunes nauséabondes qui envahissent les plages et menacent la santé des riverains ?

Une piste de réponse vient d'être publiée dans un journal scientifique spécialisé. Une équipe de recherche de l'Université de Lorraine s'est penchée sur le biochar de sargasses, un produit solide obtenu par pyrolyse (chauffage à haute température en l'absence d'oxygène) de ces algues. Leurs conclusions sont encourageantes.

Des effets mesurables sur la fertilité des sols

Les chercheurs ont testé l'impact du biochar de sargasses sur deux types de sols présents en Guadeloupe : des andosols, prélevés à Capesterre-Belle-Eau, et des nitosols, prélevés en Côte-sous-le-vent. Ces deux catégories de sols sont représentatives des terres agricoles de l'archipel.

Les résultats montrent une augmentation significative de la disponibilité de certains éléments nutritifs au contact du biochar. Le sodium voit sa disponibilité multipliée par 2 à 4 dans les deux types de sols testés. Le magnésium, élément essentiel à la croissance des plantes, augmente d'un facteur 1,5 dans les andosols.

En revanche, le potassium et le phosphore, pourtant présents en concentrations élevées dans le biochar brut, n'ont pas montré d'augmentation significative dans les sols traités. Les mécanismes de libération de ces nutriments semblent plus complexes et nécessiteront des études complémentaires.

Les chercheurs ont également observé des hausses significatives pour certains oligo-éléments, comme le nickel. Ces micronutriments, bien que nécessaires en faibles quantités, jouent un rôle important dans le métabolisme des plantes.

Une ombre au tableau : l'impact sur l'azote

Seule réserve identifiée à ce stade : un impact potentiellement négatif sur le cycle de l'azote. L'azote est l'un des nutriments les plus importants pour la croissance végétale, et toute perturbation de son cycle pourrait limiter l'intérêt agronomique du biochar.

Des études complémentaires seront nécessaires pour préciser cet effet. Elles devront intégrer des plantes dans le protocole expérimental, afin d'évaluer plus précisément l'impact du biochar sur la croissance végétale réelle — et non seulement sur les propriétés chimiques des sols.

Un double intérêt : fertilisation et dépollution

Le biochar de sargasses n'est pas seulement un amendement agricole potentiel. Il a été initialement développé pour un autre usage : la bioremédiation des sols contaminés par le chlordécone.

Ce pesticide, utilisé massivement dans les bananeraies des Antilles françaises entre 1972 et 1993, a contaminé durablement les sols, les eaux et la chaîne alimentaire. Des décennies après son interdiction, le chlordécone reste présent dans l'environnement guadeloupéen et martiniquais, avec des conséquences sanitaires encore mal mesurées.

Le biochar pourrait contribuer à « piéger » le chlordécone dans les sols, réduisant sa mobilité et sa biodisponibilité. Si les études confirment également ses effets fertilisants, il offrirait un double bénéfice : dépolluer les terres tout en améliorant leur productivité agricole.

Quelles applications concrètes ?

Si les recherches futures confirment ces résultats prometteurs, le biochar de sargasses pourrait trouver des applications dans les jardins familiaux et le maraîchage. Ces usages à petite échelle permettraient de tester le produit en conditions réelles, avant d'envisager une utilisation plus large.

Pour une application à grande échelle dans les exploitations bananières ou cannières, par exemple, la question de la ressource reste paradoxalement un frein. Les sargasses arrivent par vagues, de manière imprévisible, et leur collecte reste coûteuse et logistiquement complexe. Transformer un déchet envahissant en ressource agricole suppose de structurer toute une filière de ramassage, de stockage et de transformation.

En attendant, cette étude rappelle que les sargasses ne sont pas seulement une nuisance. Elles pourraient, à terme, devenir une opportunité pour l'agriculture guadeloupéenne, à condition d'investir dans la recherche et dans les infrastructures de valorisation.

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Table des matières

Alors que la saison des sargasses approche, une étude de l'Université de Lorraine ouvre des perspectives encourageantes. Le biochar issu de ces algues brunes pourrait améliorer la fertilité des sols guadeloupéens et contribuer à la lutte contre la pollution au chlordécone.

Les sargasses arrivent généralement dans les eaux guadeloupéennes en mars. L'archipel a connu en 2025 une saison particulièrement intense, avec des échouages massifs sur les côtes de Grande-Terre et de Basse-Terre. Chaque année, la même question revient : que faire de ces tonnes d'algues brunes nauséabondes qui envahissent les plages et menacent la santé des riverains ?

Une piste de réponse vient d'être publiée dans un journal scientifique spécialisé. Une équipe de recherche de l'Université de Lorraine s'est penchée sur le biochar de sargasses, un produit solide obtenu par pyrolyse (chauffage à haute température en l'absence d'oxygène) de ces algues. Leurs conclusions sont encourageantes.

Des effets mesurables sur la fertilité des sols

Les chercheurs ont testé l'impact du biochar de sargasses sur deux types de sols présents en Guadeloupe : des andosols, prélevés à Capesterre-Belle-Eau, et des nitosols, prélevés en Côte-sous-le-vent. Ces deux catégories de sols sont représentatives des terres agricoles de l'archipel.

Les résultats montrent une augmentation significative de la disponibilité de certains éléments nutritifs au contact du biochar. Le sodium voit sa disponibilité multipliée par 2 à 4 dans les deux types de sols testés. Le magnésium, élément essentiel à la croissance des plantes, augmente d'un facteur 1,5 dans les andosols.

En revanche, le potassium et le phosphore, pourtant présents en concentrations élevées dans le biochar brut, n'ont pas montré d'augmentation significative dans les sols traités. Les mécanismes de libération de ces nutriments semblent plus complexes et nécessiteront des études complémentaires.

Les chercheurs ont également observé des hausses significatives pour certains oligo-éléments, comme le nickel. Ces micronutriments, bien que nécessaires en faibles quantités, jouent un rôle important dans le métabolisme des plantes.

Une ombre au tableau : l'impact sur l'azote

Seule réserve identifiée à ce stade : un impact potentiellement négatif sur le cycle de l'azote. L'azote est l'un des nutriments les plus importants pour la croissance végétale, et toute perturbation de son cycle pourrait limiter l'intérêt agronomique du biochar.

Des études complémentaires seront nécessaires pour préciser cet effet. Elles devront intégrer des plantes dans le protocole expérimental, afin d'évaluer plus précisément l'impact du biochar sur la croissance végétale réelle — et non seulement sur les propriétés chimiques des sols.

Un double intérêt : fertilisation et dépollution

Le biochar de sargasses n'est pas seulement un amendement agricole potentiel. Il a été initialement développé pour un autre usage : la bioremédiation des sols contaminés par le chlordécone.

Ce pesticide, utilisé massivement dans les bananeraies des Antilles françaises entre 1972 et 1993, a contaminé durablement les sols, les eaux et la chaîne alimentaire. Des décennies après son interdiction, le chlordécone reste présent dans l'environnement guadeloupéen et martiniquais, avec des conséquences sanitaires encore mal mesurées.

Le biochar pourrait contribuer à « piéger » le chlordécone dans les sols, réduisant sa mobilité et sa biodisponibilité. Si les études confirment également ses effets fertilisants, il offrirait un double bénéfice : dépolluer les terres tout en améliorant leur productivité agricole.

Quelles applications concrètes ?

Si les recherches futures confirment ces résultats prometteurs, le biochar de sargasses pourrait trouver des applications dans les jardins familiaux et le maraîchage. Ces usages à petite échelle permettraient de tester le produit en conditions réelles, avant d'envisager une utilisation plus large.

Pour une application à grande échelle dans les exploitations bananières ou cannières, par exemple, la question de la ressource reste paradoxalement un frein. Les sargasses arrivent par vagues, de manière imprévisible, et leur collecte reste coûteuse et logistiquement complexe. Transformer un déchet envahissant en ressource agricole suppose de structurer toute une filière de ramassage, de stockage et de transformation.

En attendant, cette étude rappelle que les sargasses ne sont pas seulement une nuisance. Elles pourraient, à terme, devenir une opportunité pour l'agriculture guadeloupéenne, à condition d'investir dans la recherche et dans les infrastructures de valorisation.

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