« Les cartels nous appellent caresses guyanaises » : le coup de gueule du député Castor à l'Assemblée

« Les cartels nous appellent caresses guyanaises » : le coup de gueule du député Castor à l'Assemblée
Jean-Victor Castor, député de Guyane, à l'Assemblée nationale. © Assemblée nationale

Jean-Victor Castor, député de Guyane, a pris la parole à l'Assemblée nationale pour dénoncer l'impuissance de l'État face au narcotrafic. Cartels brésiliens, corruption, orpaillage illégal, jeunesse sacrifiée — son intervention est un réquisitoire sans filtre.

« Je n'étais pas censé parler. » Mais Jean-Victor Castor, député de Guyane, n'a pas pu se taire. Face à l'hémicycle et aux représentants du gouvernement, il a livré un témoignage glaçant sur la réalité du narcotrafic en Guyane. Un territoire où l'État, selon lui, a « capitulé ».

Quatre cartels brésiliens en Guyane

Le constat est brutal. « Il y a près de quatre cartels brésiliens, des factions en Guyane, qui agissent », affirme le député. Ces organisations criminelles ne se contentent pas du trafic de drogue. Elles contrôlent un écosystème criminel complet.

« Il n'y a plus d'étanchéité entre l'orpaillage illégal, le trafic de drogue, le trafic d'armes, le trafic des personnes et la prostitution », martèle Jean-Victor Castor. « Ces gens-là brassent des milliards. »

L'orpaillage illégal, point de départ de tout

Pour le député, le problème commence avec l'orpaillage clandestin. Et là, l'État a baissé les bras.

« Il a été décidé, du point de vue doctrinaire, qu'on ne sait pas éradiquer l'orpaillage illégal. Le gouvernement a capitulé en disant : nous allons nous contenter de contenir l'orpaillage illégal. »

Contenir, pas éradiquer. Cette nuance, selon Castor, change tout. Elle laisse aux réseaux criminels un espace pour prospérer, se diversifier, s'enraciner. L'or finance la drogue, la drogue finance les armes, les armes permettent de tenir le territoire.

« Sont-ils capables de vous corrompre ? »

Le député rapporte un échange édifiant avec un général en poste en Guyane. « Je lui ai dit clairement, en off : dites-moi, sont-ils capables de vous corrompre ou pas ? Et il m'a répondu que oui. »

La réponse est glaçante. Elle suggère que la puissance financière des cartels est telle qu'elle peut atteindre les plus hauts niveaux de l'appareil sécuritaire. « Et c'est la réalité de ce qui se passe chez nous », conclut Castor.

5 000 euros pour brûler deux maisons

Le député raconte une rencontre à la prison de Cayenne. Un jeune détenu, membre d'un cartel. Il lui demande ce qu'il fait là.

« On m'a demandé d'aller brûler deux maisons pour cinq mille euros. Je lui ai dit : tu l'as fait ? Il m'a dit : oui, je l'ai fait. »

Cinq mille euros. C'est le prix d'un incendie criminel en Guyane. C'est le tarif auquel les cartels achètent les bras de la jeunesse locale. « Et c'est toute la jeunesse de la Guyane qui est confrontée à ça », s'alarme le député.

Dans un territoire où le chômage des jeunes dépasse 39 %, où les perspectives d'avenir sont rares, l'argent facile des cartels devient une tentation. Une trappe.

« Caresses guyanaises »

L'expression est cinglante. Elle vient des militaires eux-mêmes.

« Vous savez ce que me disaient les officiers de l'armée en Guyane ? Ils disent que les Brésiliens, les cartels, nous appellent "caresses guyanaises". Tellement ils sont démunis face à ces forces. »

Les « caresses guyanaises » : c'est ainsi que les narcotrafiquants brésiliens qualifieraient la riposte française. Une caresse, pas un coup. Une gêne, pas une menace. L'aveu d'une impuissance.

Alerte sur le projet de prison en Amazonie

Jean-Victor Castor s'adresse directement au gouvernement sur un projet porté par Gérald Darmanin : l'installation d'un quartier de haute sécurité à la frontière, en zone amazonienne.

« Là où la France n'arrive même pas à éradiquer l'orpaillage illégal, vous mettez en danger toute la population guyanaise. Parce que ces gens-là sont capables d'arriver avec des commandos, avec des armes de guerre. »

Le député redoute des représailles, des évasions spectaculaires, une escalade de violence. Installer une prison haute sécurité au cœur d'un territoire que l'État ne contrôle pas, c'est selon lui une provocation dangereuse.

« Tout ce qu'on fait là, ce sera de la rigolade »

La conclusion de Jean-Victor Castor est sans appel. « Si le niveau des enjeux et de la responsabilité des moyens à mettre en place n'est pas pris en compte, tout ce qu'on fait là et tous les textes qu'on pourra prendre, ce sera de la rigolade face à la puissance du narcotrafic. »

Le message est clair : les lois votées à Paris ne valent rien si les moyens ne suivent pas sur le terrain. La Guyane n'est pas un département comme les autres. Elle est en première ligne d'une guerre que l'État, pour l'instant, ne mène pas vraiment.

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Jean-Victor Castor, député de Guyane, a pris la parole à l'Assemblée nationale pour dénoncer l'impuissance de l'État face au narcotrafic. Cartels brésiliens, corruption, orpaillage illégal, jeunesse sacrifiée — son intervention est un réquisitoire sans filtre.

« Je n'étais pas censé parler. » Mais Jean-Victor Castor, député de Guyane, n'a pas pu se taire. Face à l'hémicycle et aux représentants du gouvernement, il a livré un témoignage glaçant sur la réalité du narcotrafic en Guyane. Un territoire où l'État, selon lui, a « capitulé ».

Quatre cartels brésiliens en Guyane

Le constat est brutal. « Il y a près de quatre cartels brésiliens, des factions en Guyane, qui agissent », affirme le député. Ces organisations criminelles ne se contentent pas du trafic de drogue. Elles contrôlent un écosystème criminel complet.

« Il n'y a plus d'étanchéité entre l'orpaillage illégal, le trafic de drogue, le trafic d'armes, le trafic des personnes et la prostitution », martèle Jean-Victor Castor. « Ces gens-là brassent des milliards. »

L'orpaillage illégal, point de départ de tout

Pour le député, le problème commence avec l'orpaillage clandestin. Et là, l'État a baissé les bras.

« Il a été décidé, du point de vue doctrinaire, qu'on ne sait pas éradiquer l'orpaillage illégal. Le gouvernement a capitulé en disant : nous allons nous contenter de contenir l'orpaillage illégal. »

Contenir, pas éradiquer. Cette nuance, selon Castor, change tout. Elle laisse aux réseaux criminels un espace pour prospérer, se diversifier, s'enraciner. L'or finance la drogue, la drogue finance les armes, les armes permettent de tenir le territoire.

« Sont-ils capables de vous corrompre ? »

Le député rapporte un échange édifiant avec un général en poste en Guyane. « Je lui ai dit clairement, en off : dites-moi, sont-ils capables de vous corrompre ou pas ? Et il m'a répondu que oui. »

La réponse est glaçante. Elle suggère que la puissance financière des cartels est telle qu'elle peut atteindre les plus hauts niveaux de l'appareil sécuritaire. « Et c'est la réalité de ce qui se passe chez nous », conclut Castor.

5 000 euros pour brûler deux maisons

Le député raconte une rencontre à la prison de Cayenne. Un jeune détenu, membre d'un cartel. Il lui demande ce qu'il fait là.

« On m'a demandé d'aller brûler deux maisons pour cinq mille euros. Je lui ai dit : tu l'as fait ? Il m'a dit : oui, je l'ai fait. »

Cinq mille euros. C'est le prix d'un incendie criminel en Guyane. C'est le tarif auquel les cartels achètent les bras de la jeunesse locale. « Et c'est toute la jeunesse de la Guyane qui est confrontée à ça », s'alarme le député.

Dans un territoire où le chômage des jeunes dépasse 39 %, où les perspectives d'avenir sont rares, l'argent facile des cartels devient une tentation. Une trappe.

« Caresses guyanaises »

L'expression est cinglante. Elle vient des militaires eux-mêmes.

« Vous savez ce que me disaient les officiers de l'armée en Guyane ? Ils disent que les Brésiliens, les cartels, nous appellent "caresses guyanaises". Tellement ils sont démunis face à ces forces. »

Les « caresses guyanaises » : c'est ainsi que les narcotrafiquants brésiliens qualifieraient la riposte française. Une caresse, pas un coup. Une gêne, pas une menace. L'aveu d'une impuissance.

Alerte sur le projet de prison en Amazonie

Jean-Victor Castor s'adresse directement au gouvernement sur un projet porté par Gérald Darmanin : l'installation d'un quartier de haute sécurité à la frontière, en zone amazonienne.

« Là où la France n'arrive même pas à éradiquer l'orpaillage illégal, vous mettez en danger toute la population guyanaise. Parce que ces gens-là sont capables d'arriver avec des commandos, avec des armes de guerre. »

Le député redoute des représailles, des évasions spectaculaires, une escalade de violence. Installer une prison haute sécurité au cœur d'un territoire que l'État ne contrôle pas, c'est selon lui une provocation dangereuse.

« Tout ce qu'on fait là, ce sera de la rigolade »

La conclusion de Jean-Victor Castor est sans appel. « Si le niveau des enjeux et de la responsabilité des moyens à mettre en place n'est pas pris en compte, tout ce qu'on fait là et tous les textes qu'on pourra prendre, ce sera de la rigolade face à la puissance du narcotrafic. »

Le message est clair : les lois votées à Paris ne valent rien si les moyens ne suivent pas sur le terrain. La Guyane n'est pas un département comme les autres. Elle est en première ligne d'une guerre que l'État, pour l'instant, ne mène pas vraiment.

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