La grève entamée mardi 3 février à l’EPNAK se poursuit en Guyane, malgré plusieurs jours de discussions. Un protocole de fin de conflit a bien été finalisé dans sa rédaction par la direction territoriale, et il a fait l’objet de renégociations et d’amendements lors des derniers échanges avec la direction territoriale et la direction adjointe. Mais, en l’absence de validation et de signature par les représentants syndicaux, le mouvement reste reconduit.
Derrière l’épisode social, il y a un sujet économique et territorial : la manière dont on rémunère, ou non, l’éloignement, les contraintes de vie, et les inégalités d’accès à l’emploi en Guyane. La “prime de vie chère” – et l’écart de taux évoqué entre sites – devient ici un marqueur : on parle de différences de revenu qui, à l’échelle d’un salaire mensuel, changent la réalité d’un budget.
Un protocole écrit, mais pas d’accord signé
Selon Adin Séverine, représentante du personnel, un protocole de fin de conflit est finalisé dans sa rédaction par la direction. Il a été renégocié et amendé lors des échanges locaux. En revanche, l’absence de représentants de la direction générale lors des discussions est soulignée.
Les collègues de Cayenne, chargés d’examiner le document, devaient encore se prononcer sur plusieurs points et rencontrer le directeur territorial. En l’absence de validation et de signature par les représentants syndicaux, la grève est reconduite.
Ce point “procédural” est en réalité déterminant : un protocole non signé ne produit pas de sortie de crise. Il ne fige pas les engagements. Il laisse la place à l’incertitude.
Le blocage central : l’alignement salarial et la prime de vie chère
La revendication mise en avant comme point de blocage central concerne l’alignement des rémunérations, notamment sur la prime de vie chère.
Les agents de Saint-Laurent-du-Maroni perçoivent une prime fixée à 20 %, contre 30 % pour certains salariés de Cayenne, issus de l’ancienne structure GAGEF, reprise par l’EPNAK.
L’écart est présenté comme un écart de 10 %. Et, surtout, il se traduit concrètement : des différences de salaire pouvant aller de 50 à 100 euros selon les postes, d’après la représentante du personnel.
Les grévistes demandent donc un alignement des salaires à poste et ancienneté équivalents, estimant la situation actuelle inéquitable.
La question, ici, n’est pas uniquement syndicale. Elle est économique : une différence de 50 à 100 euros par mois n’est pas une nuance. C’est un budget transport, un budget alimentation, une capacité ou non à absorber une dépense imprévue. Dans un territoire où le coût de la vie et les contraintes logistiques pèsent, ce type d’écart devient un sujet de stabilité sociale.
Des “avancées” reconnues, mais une limite sur le 30 %
L’article indique que des amendements ont été apportés au protocole sur des aspects financiers et organisationnels. La direction aurait accordé “beaucoup de points”, selon la représentante du personnel.
Mais elle refuse à ce stade de déroger à la règle des 30 % de prime de vie chère, en s’appuyant sur la convention collective 66, décrite comme restrictive.
C’est là que se joue une partie de la tension : d’un côté, des concessions locales ; de l’autre, une limite présentée comme structurante.
Les agents estiment pourtant que des marges de négociation existent, à travers des accords-cadres, des jurisprudences ou d’autres leviers de compensation. Ils évoquent aussi, comme piste, le retour d’un 13e mois, pratiqué dans d’autres établissements relevant de la même convention.
Sans trancher ce débat, le constat est clair : les grévistes disent qu’il existe des leviers ; la direction dit qu’il existe un cadre.
La demande d’un interlocuteur “qui décide” : la direction générale
Les représentants du personnel demandent désormais à rencontrer directement le directeur général de l’EPNAK, présenté comme seul habilité à valider certains arbitrages.
Ce point est crucial dans les conflits territoriaux : la décision est parfois perçue comme “loin”, et la négociation locale comme incapable de débloquer les sujets structurants.
Dans un territoire vaste, où les distances amplifient le sentiment d’isolement, ce type de blocage est un coût supplémentaire. Il alimente l’idée que les réalités guyanaises se négocient avec des règles pensées ailleurs.
Une grève indéterminée, des agents sur le piquet
La grève est déposée pour une durée indéterminée. L’article indique que plusieurs agents continuent de dormir devant l’établissement depuis le début du mouvement.
Ce détail est significatif. Il dit l’intensité du conflit, mais aussi le niveau d’engagement demandé aux salariés pour faire entendre une revendication salariale.
Cette mobilisation a également un impact organisationnel : tant que le conflit n’est pas résolu, l’activité est perturbée, la planification devient incertaine et la confiance interne se dégrade.
Un enjeu économique : la cohérence des rémunérations dans un même établissement
Le cœur de la revendication est l’alignement à poste et ancienneté équivalents. Dans un groupe ou une structure multi-sites, les écarts de rémunération deviennent vite des foyers de conflit.
En Guyane, cette question est encore plus sensible car elle se superpose à la géographie : Cayenne, Saint-Laurent-du-Maroni, et les différences d’accès aux services, aux commerces, aux transports.
L’écart de prime de vie chère, tel qu’il est décrit, devient un symbole : certains salariés ont 30 %, d’autres 20 %, dans une même structure. La revendication n’est donc pas seulement “augmenter”. Elle est “aligner”.
Et l’alignement, en économie du travail, a un autre sens : il touche à la perception d’équité. Une organisation peut survivre à des salaires bas ; elle survit beaucoup plus difficilement à des salaires perçus comme incohérents.
Le risque : une sortie de crise “partielle” qui ne règle pas la cause
La direction aurait accordé “beaucoup de points”, mais le blocage persiste sur la prime. Cela ouvre un scénario classique : une sortie de crise partielle, qui règle des éléments périphériques, mais laisse intact le point de justice salariale.
Dans ces cas-là, le risque est simple : le conflit se termine sans disparaître. Il se met en sommeil. Et il revient au prochain désaccord.
Ce que l’on sait à ce stade
Les faits rapportés sont précis : grève depuis le 3 février ; protocole rédigé et amendé ; absence de direction générale lors des discussions ; prime de vie chère à 20 % à Saint-Laurent, 30 % pour certains salariés de Cayenne issus de l’ancienne structure GAGEF ; écart de 10 % et de 50 à 100 euros selon les postes ; demande d’alignement ; refus de déroger à la règle du 30 % au nom de la convention collective 66 ; revendication d’un échange avec le directeur général ; grève indéterminée, agents sur le piquet.
Au-delà, l’enjeu est celui de la cohésion économique du travail en Guyane : comment éviter que des différences internes, sur un même employeur, deviennent le moteur de tensions répétées ?


