Dans un Livre blanc remis au gouvernement en 2023, l’USHOM alerte sur trente ans de retard des politiques de l’habitat outre-mer, notamment aux Antilles et en Guyane.
Les politiques de l’habitat outre-mer sont confrontées à un retard structurel que les acteurs du logement jugent désormais impossible à ignorer. Ce constat est au cœur du premier Livre blanc de l’habitat outre-mer publié par l’Union sociale pour l’habitat outre-mer, organisation qui représente les organismes de logement social ultramarins et accompagne l’État et les collectivités dans la mise en œuvre des politiques publiques du logement. Le document, remis officiellement au gouvernement, vise à poser les bases d’un changement de méthode afin de répondre aux besoins des territoires.
Le Livre blanc rappelle que les conditions d’habitat des ultramarins sont comparables à celles de l’Hexagone d’il y a trente ans, une situation qui justifie, selon l’USHOM, la construction d’un plan stratégique national de rattrapage sur dix ans des politiques de l’habitat, de la ville et de la cohésion sociale. Cette analyse trouve une résonance particulière aux Antilles et en Guyane, où la tension sur le logement s’accompagne d’une fragilisation sociale croissante.
En Guadeloupe et en Martinique, le Livre blanc souligne l’accumulation de retards dans la rénovation du parc, la revitalisation des centres-villes et l’adaptation des outils réglementaires. Il note que certaines politiques nationales, conçues pour l’Hexagone, ont été transposées tardivement ou de manière incomplète, générant des processus de retards cumulatifs. En Guyane, la situation apparaît encore plus critique, l’USHOM observant que les bidonvilles continuent de se développer, en dépit des dispositifs de résorption de l’habitat indigne.
Dans ce contexte, le Livre blanc estime que le système d’intervention actuel ne fonctionne pas et que, malgré les plans logement successifs, la situation ne s’améliore pas suffisamment, tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Cette impasse justifie, selon l’USHOM, une réorganisation profonde de la gouvernance des politiques de l’habitat outre-mer.
Une task force pour accompagner les territoires
Parmi les mesures structurantes proposées, l’USHOM préconise la création d’une task force chargée d’accompagner la mise en œuvre des politiques de l’habitat, de la ville et de la cohésion sociale et d’optimiser les financements à destination des outre-mer. Cette instance regrouperait l’ensemble des experts du logement, de la politique de la ville et de la cohésion sociale, et mettrait son ingénierie à disposition des acteurs locaux afin de contextualiser les politiques publiques et de renforcer leur efficacité.
Antilles et Guyane, des stratégies territorialisées attendues
Le Livre blanc insiste également sur la nécessité de construire des stratégies territoriales des politiques de l’habitat, de la ville et de la cohésion sociale, afin d’accompagner financièrement et opérationnellement les collectivités. Pour les Antilles et la Guyane, l’USHOM estime que seule une approche différenciée, adossée à des outils adaptés et à une ingénierie renforcée, permettra de répondre à l’ampleur des besoins et de garantir aux habitants des conditions d’habitat comparables à celles de l’Hexagone, dans un cadre appelé à évoluer avec les dynamiques démographiques et sociales propres à chaque territoire.








