Deux enfants de 11 et 13 ans sont portés disparus depuis le 12 décembre à Maripasoula, dans l’Ouest guyanais, après une mesure de placement judiciaire. Les autorités et plusieurs responsables politiques appellent à une mobilisation totale.
Depuis vendredi 12 décembre, deux mineurs, une fille et un garçon âgés de 11 et 13 ans, sont recherchés à Maripasoula. Leur disparition est survenue à l’issue d’une mesure de placement décidée par l’autorité judiciaire, dans un contexte qui suscite de vives interrogations en Guyane. Mardi 16 décembre le parquet de Cayenne a ouvert mardi une enquête pour « disparition inquiétante ». Ils avaient été retirés à leur famille plus tôt dans la journée à la suite du signalement d’un médecin faisant état « de sévices graves, de privations alimentaires, de menaces et de négligences ». Le parquet a précisé qu’une enquête avait également été ouverte pour « violences habituelles sur mineurs de 15 ans.
Selon la Collectivité territoriale de Guyane, « à la suite d’un signalement préoccupant portant sur des faits graves », une Ordonnance de placement provisoire a été prononcée « conformément aux dispositions du Code de l’action sociale et des familles », afin de permettre « la mise à l’abri immédiate des enfants ». La CTG précise que cette décision constituait « le cadre légal de leur prise en charge par les services de l’Aide sociale à l’enfance de la CTG ».
Dans son communiqué, la collectivité indique que « dès réception de l’ordonnance, les services de l’ASE ont engagé sans délai les démarches nécessaires à l’exécution de la mesure de placement ». Une « solution d’accueil familial transitoire » aurait été identifiée à Maripasoula, « dans l’attente d’un transfert vers une structure d’accueil habilitée à Saint-Laurent-du-Maroni ». La CTG fait état d’un « accord tripartite entre l’ASE, l’assistant familial et la gendarmerie » pour organiser le transfert des enfants depuis Papaïchton, précisant qu’« à 18h12, la prise en charge effective des deux mineurs a été confirmée ».
Une disparition signalée peu après l’arrivée
La collectivité indique que « peu après leur arrivée au domicile d’accueil, les deux mineurs ne voyant pas leur mère sur place, ont quitté les lieux de manière précipitée ». Elle ajoute que « la gendarmerie a été immédiatement informée de cette situation et des recherches ont été engagées sans délai », précisant qu’à « 21h27, les mineurs n’avaient pas encore été retrouvés ».
Cette version est vivement contestée par plusieurs responsables politiques. Dans une prise de position datée du 15 décembre, Christiane Taubira affirme que les enfants « auraient fugué » après avoir été éloignés « de devant la maison d’une famille d’accueil » dont « ils ne savent rien » et où « ils auraient été placés par décision de justice ». Elle écrit que cette décision aurait été prise « juste avant que les gendarmes les fassent embarquer dans un taxi collectif », s’interrogeant sur les conditions de cette prise en charge et affirmant que les enfants ont été transportés « sous la responsabilité de … ? Personne ! ».
L’ancienne garde des Sceaux met en cause la procédure elle-même, estimant que « la décision de justice laisse entendre qu’il y avait urgence » mais que celle-ci aurait conduit à les placer « tellement vite qu’il n’était même pas possible d’attendre qu’un gendarme ou un personnel de l’aide sociale à l’enfance soit disponible pour les accompagner ». Elle rapporte également le témoignage de passagers selon lesquels les enfants « n’auraient cessé de dire que si on les enlève à leur maman, ils vont fuguer ».
Appel à des explications et à la responsabilité de l’État
Dans une lettre ouverte adressée le 16 décembre au ministre de l’Intérieur, le député de la première circonscription de Guyane, Jean-Victor Castor, évoque lui aussi de « dysfonctionnements graves et inacceptables dans la manière dont l’action publique s’exerce en Guyane ». Il écrit que les enfants ont disparu « après avoir été arrachés à leur domicile, puis transportés dans un taxi collectif, sans accompagnement éducatif, social ou policier », soulignant que « des recherches sont toujours en cours ».
Pour le parlementaire, « lorsqu’on traite ainsi des enfants, ce n’est pas une simple erreur d’appréciation : c’est une faillite de la protection publique ». Il insiste sur le fait que « la protection des enfants relève des pouvoirs publics » et « ne peut être expéditive, improvisée ou déshumanisée, au risque de mettre directement des vies en danger ». Jean-Victor Castor appelle à ce que « tous les moyens soient mobilisés sans délai pour retrouver ces deux enfants », ajoutant que « par la suite, des explications devront être apportées et des responsabilités clairement établies ».
De son côté, la CTG assure demeurer « pleinement mobilisée afin de retrouver les deux mineurs et d’assurer leur protection », rappelant que « l’ensemble des actions engagées s’inscrit strictement dans le cadre légal de la protection de l’enfance et dans l’intérêt supérieur des enfants concernés ».









