Le 2 février dernier, deux opérations distinctes ont permis aux douanes et à la gendarmerie d’intercepter plus de 230 kilos de tabac de contrebande en provenance de la Dominique. Des saisies qui illustrent la pression constante exercée par les trafiquants sur les côtes martiniquaises, et la vigilance des services de l’État pour y faire face.
L’affaire a été rendue publique ce jeudi 13 février par un communiqué conjoint de la préfecture de Martinique, des Forces armées aux Antilles et des Douanes Antilles-Guyane. Le dimanche 2 février, le service garde-côtes des Douanes a détecté, grâce à son hélicoptère engagé dans une mission de surveillance du canal de la Dominique, une embarcation suspecte faisant route depuis l’île voisine vers les côtes martiniquaises.
Le navire, équipé de deux moteurs hors-bord et transportant des marchandises, a été signalé à la vedette DF 291, qui patrouillait dans le secteur de la presqu’île de la Caravelle. À l’approche des douaniers, le pilote de l’embarcation a tenté d’accélérer pour échapper au contrôle. Peine perdue : après une course-poursuite, le navire a finalement coupé ses moteurs et a été intercepté.
À bord, un seul individu. La fouille de la yole a révélé des masses emballées de cellophane noire. À l’intérieur : des cartouches de cigarettes, pour un total de 231 kilos de tabac de contrebande. Le pilote a été interpellé et les marchandises saisies.
Une seconde opération le même jour
Quelques heures plus tard, en début de soirée, une autre embarcation en provenance de la Dominique a été repérée au large du Prêcheur, dans le nord de l’île. Cette fois, c’est le dispositif Scotopélia de la Gendarmerie nationale, un système de surveillance nocturne, qui a permis de détecter le navire suspect.
Face à l’intervention des forces de l’ordre, l’équipage a pris la fuite, abandonnant sa cargaison. Les gendarmes ont alors saisi 23 cartons contenant chacun 50 cartouches de cigarettes de contrebande, soit plus de 1 100 cartouches au total. Les occupants de l’embarcation n’ont pas pu être interpellés.
Au total, ces deux opérations représentent une saisie conséquente : plus de 230 kilos de tabac et plus de 1 150 cartouches de cigarettes, pour une valeur marchande estimée à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Un coup dur pour les réseaux de contrebande, mais qui ne représente qu’une fraction du trafic qui transite par le canal de la Dominique.
La Dominique, plaque tournante du trafic
L’île de la Dominique, située à une quarantaine de kilomètres au nord de la Martinique, est depuis longtemps identifiée comme un point de passage privilégié pour les contrebandiers. La fiscalité avantageuse sur le tabac, bien moins taxé qu’en France, en fait une source d’approvisionnement pour les trafiquants, qui revendent ensuite les cigarettes au marché noir en Martinique.
Le canal qui sépare les deux îles, large d’une trentaine de kilomètres, est difficile à surveiller en permanence. Les embarcations rapides, souvent des yoles de pêche reconverties, peuvent effectuer la traversée en moins d’une heure par temps calme. La nuit, les trafiquants profitent de l’obscurité pour échapper aux patrouilles.
Face à ce phénomène, les services de l’État ont renforcé leur coopération. Les Douanes Antilles-Guyane, les Forces armées aux Antilles (FAA) et la Gendarmerie nationale mènent des opérations conjointes de surveillance aérienne et maritime. L’hélicoptère des douanes, capable de détecter les embarcations suspectes à plusieurs kilomètres, joue un rôle clé dans ce dispositif.
Un enjeu économique et sanitaire
La contrebande de cigarettes n’est pas qu’une affaire de droits de douane éludés. Elle représente un manque à gagner significatif pour les finances publiques, mais aussi un enjeu de santé publique. Les cigarettes de contrebande échappent à tout contrôle de qualité et peuvent contenir des substances encore plus nocives que les produits légaux.
En Martinique, le prix d’un paquet de cigarettes en bureau de tabac dépasse les 12 euros, un tarif aligné sur celui de l’Hexagone. Sur le marché parallèle, les cartouches de contrebande s’écoulent à des prix bien inférieurs, attirant une clientèle en quête de bonnes affaires, sans conscience des risques encourus — tant sur le plan sanitaire que pénal.
Car acheter des cigarettes de contrebande n’est pas sans conséquence. Les particuliers surpris en possession de quantités excédant les franchises autorisées s’exposent à des amendes, voire à des poursuites pénales. Quant aux trafiquants, ils risquent des peines de prison et la confiscation de leurs biens.
Un trafic qui alimente d’autres réseaux
Les enquêteurs le savent : la contrebande de cigarettes n’est souvent que la partie visible de l’iceberg. Les mêmes embarcations, les mêmes routes, les mêmes réseaux peuvent servir à faire transiter d’autres marchandises : cannabis, cocaïne, armes. Le canal de la Dominique est aussi emprunté par les « go-fast » de la drogue, ces hors-bords surchargés de stupéfiants qui filent vers l’Europe via les Antilles.
En janvier 2026, une yole interceptée au Marin dissimulait 561 kilos de cocaïne, pour une valeur de 32 millions d’euros. En février, un trentenaire a été interpellé à Fort-de-France en possession d’un pistolet mitrailleur et de 24 munitions. Les fusillades se multiplient dans les quartiers de l’agglomération foyalaise. Autant de signes d’une criminalité organisée qui prospère sur les trafics en tout genre.
Les saisies du 2 février témoignent de la vigilance des services de l’État, mais aussi de l’ampleur du défi. Tant que la demande existera, tant que les écarts de prix avec les îles voisines resteront importants, les contrebandiers continueront de tenter leur chance. La surveillance du canal de la Dominique reste une priorité pour les autorités.


