Un homme de quarante ans a été abattu samedi 8 février 2026 aux Abymes, dans le quartier de Chauvel. Il s’agit du sixième meurtre par armes à feu recensé en Guadeloupe depuis le début de l’année. La procureure de Pointe-à-Pitre a confié l’enquête à la brigade criminelle.
Le corps du quadragénaire a été découvert sans vie dans une ruelle, à proximité d’une entreprise de pompes funèbres, peu après 13 heures. Selon les premiers témoignages recueillis par les enquêteurs, la victime, résidente du quartier, aurait essuyé plusieurs tirs d’armes à feu avant de succomber à ses blessures. Les secours, alertés par des riverains, n’ont pu que constater le décès.
La magistrate de permanence au parquet de Pointe-à-Pitre, la police technique et scientifique ainsi que le médecin légiste se sont rendus sur place pour procéder aux premières constatations. Dans un communiqué diffusé en fin de journée, la procureure de la République, Caroline Calbo, a indiqué que « la brigade criminelle de la Direction territoriale de la police nationale (DTPN) a été saisie de l’enquête pour assassinat ». L’autopsie du corps était programmée lundi 10 février.
À ce stade, le mobile de l’agression reste indéterminé. Aucune interpellation n’a été annoncée.
Un début d’année marqué par les armes à feu
Le communiqué du parquet souligne un fait marquant : « Toutes les victimes des six homicides commis depuis le début de l’année l’ont été par armes à feu. » En à peine six semaines, la Guadeloupe a ainsi enregistré une moyenne d’un meurtre par semaine, tous perpétrés avec des armes de guerre ou de poing.
Ce constat alarmant n’est pas isolé. En 2025, le bilan de la sécurité publique présenté par la préfecture faisait déjà état d’une augmentation des violences armées, malgré une baisse globale des atteintes aux biens. Les règlements de comptes, souvent liés au trafic de stupéfiants, et les violences interpersonnelles alimentent cette spirale.
Les Abymes, commune la plus peuplée de Guadeloupe avec plus de 50 000 habitants, concentre une part importante de ces faits. Le quartier de Chauvel, où s’est déroulé le drame de samedi, est régulièrement cité dans les rapports des forces de l’ordre comme un secteur sensible.
Une circulation d’armes difficile à endiguer
La prolifération des armes à feu dans les Antilles françaises constitue un défi majeur pour les autorités. Situées sur les routes du trafic de drogue entre l’Amérique du Sud et l’Europe, la Guadeloupe et la Martinique voient transiter des cargaisons de cocaïne, souvent accompagnées d’armes. Les saisies régulières par les douanes et la gendarmerie maritime ne suffisent pas à tarir le flux.
En janvier 2026, les gendarmes de Goyave ont intercepté plus de 800 000 cigarettes de contrebande et interpellé trois passeurs. Si cette opération concernait le tabac, elle illustre la porosité des frontières maritimes et la diversité des trafics qui irriguent le territoire. Les armes, plus discrètes, échappent souvent aux contrôles.
La Police aux frontières (PAF) a pour sa part démantelé récemment un réseau criminel impliqué dans le proxénétisme, le travail dissimulé, l’aide au séjour irrégulier et le blanchiment d’argent. Plus de 20 000 euros ont été saisis et plusieurs suspects placés en garde à vue. Ces affaires, bien que distinctes, témoignent de l’enracinement de l’économie souterraine dans certains quartiers.
La réponse judiciaire et policière
Face à cette recrudescence, le parquet de Pointe-à-Pitre et la DTPN ont renforcé leur coordination. La brigade criminelle, spécialisée dans les homicides et les affaires complexes, dispose de moyens d’investigation étendus : écoutes téléphoniques, exploitation de la vidéosurveillance, analyses balistiques. Mais les enquêtes se heurtent souvent à la loi du silence qui règne dans les quartiers concernés.
La procureure Calbo a rappelé à plusieurs reprises l’importance des témoignages pour faire avancer les investigations. « La justice ne peut agir seule. Nous avons besoin de la coopération de la population pour identifier les auteurs et démanteler les réseaux », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse en janvier.
Les élus locaux, de leur côté, réclament des moyens supplémentaires. Le maire des Abymes a interpellé le gouvernement sur la nécessité de renforcer les effectifs de police et de gendarmerie, mais aussi d’investir dans la prévention : insertion professionnelle des jeunes, rénovation urbaine, accompagnement social des familles.
Un climat d’insécurité ressenti par la population
Pour les habitants des quartiers touchés, la violence fait désormais partie du quotidien. « On entend des coups de feu, on voit les gyrophares, et puis on attend que ça passe », confie un riverain de Chauvel interrogé par France-Antilles. « Les enfants ne peuvent plus jouer dehors tranquillement. »
Les commerçants, eux, déplorent l’impact sur leur activité. Certains ont fermé boutique, découragés par les agressions et les cambriolages. D’autres s’organisent en collectifs pour demander une présence policière renforcée.
La préfecture a annoncé l’intensification des patrouilles et des opérations de contrôle dans les zones identifiées comme sensibles. Mais sans action de fond sur les causes structurelles — chômage, précarité, déscolarisation —, les observateurs craignent que les homicides ne continuent de s’enchaîner.
Samedi, aux Abymes, un homme de quarante ans a perdu la vie. Il laisse derrière lui une famille, des proches, et une communauté qui s’interroge sur l’avenir de son territoire.


