Vendredi 7 février, des coups de feu ont été entendus à proximité de l’école maternelle Mannikou, dans la cité éponyme de Rivière-Pilote. Le lendemain, un homme de trente et un ans a été blessé par balles en plein centre-bourg, près du marché. Deux événements distincts, mais qui placent cette commune du sud de la Martinique sous le feu des projecteurs.
Vendredi, vers 16h15, les gendarmes ont été alertés par des témoins signalant des détonations aux abords de l’école maternelle Mannikou, située au cœur de la cité du même nom. Par mesure de précaution, les enfants ont été immédiatement confinés dans l’établissement. Les parents, prévenus par l’école et les réseaux sociaux, ont afflué pour récupérer leurs enfants sous la protection des forces de l’ordre.
Un périmètre de sécurité a été mis en place. Les gendarmes ont procédé à une inspection minutieuse de la zone, découvrant des douilles et des impacts de projectiles. Fort heureusement, aucun blessé n’a été déploré. Les auditions de témoins, menées dès le lendemain, n’avaient pas encore permis d’identifier les auteurs des tirs à l’heure où ces lignes sont écrites.
Un blessé par balle samedi en plein bourg
Moins de vingt-quatre heures plus tard, un nouvel épisode de violence armée a frappé Rivière-Pilote. Samedi 8 février, aux alentours de 16h30, un homme de trente et un ans a été atteint par des tirs alors qu’il se trouvait en plein centre-bourg, à proximité du marché communal. La victime a été prise en charge par les sapeurs-pompiers et évacuée vers le centre hospitalier universitaire de Fort-de-France. Son état était stabilisé au moment de son transfert.
Gendarmes et techniciens de l’identification criminelle (TIC) se sont rendus sur les lieux pour relever les indices et sécuriser le périmètre. À ce stade de l’enquête, aucune interpellation n’a été effectuée. Le parquet de Fort-de-France, saisi des deux affaires, n’a pas établi de lien formel entre les événements de vendredi et de samedi, si ce n’est leur localisation dans la même commune.
Une commune marquée par les tensions
Rivière-Pilote, commune d’environ 12 000 habitants située sur la côte sud-atlantique de la Martinique, n’est pas étrangère aux faits de violence. Comme d’autres territoires de l’île, elle connaît des tensions liées au trafic de stupéfiants et aux règlements de comptes entre groupes rivaux. La cité Mannikou, en particulier, fait régulièrement l’objet d’interventions des forces de l’ordre.
En 2025, le bilan de la sécurité publique en Martinique faisait état d’une augmentation des violences armées, dans un contexte de baisse des cambriolages et des vols. Le phénomène, commun aux Antilles françaises, est alimenté par la circulation d’armes en provenance des routes du narcotrafic caribéen.
Le maire de Rivière-Pilote, contacté par les médias locaux, a exprimé son inquiétude face à ces événements. « Que des tirs puissent avoir lieu à proximité d’une école, en pleine journée, est inacceptable. Nos enfants, nos familles, nos commerçants ne peuvent pas vivre dans la peur. » L’édile a réclamé un renforcement de la présence gendarmerie et une action coordonnée avec la justice pour « mettre hors d’état de nuire ceux qui terrorisent nos quartiers ».
La réponse des autorités
La préfecture de Martinique a annoncé l’envoi de renforts de gendarmerie dans le secteur pour les jours à venir. Des patrouilles supplémentaires ont été programmées, notamment aux abords des établissements scolaires et des lieux de rassemblement. La brigade de recherches de Trinité, compétente sur le secteur, a été mobilisée pour accélérer les investigations.
Le procureur de la République de Fort-de-France a rappelé que « toute détention illégale d’armes à feu, tout tir sur la voie publique, toute violence armée sera poursuivie avec la plus grande sévérité ». Les peines encourues pour port d’armes prohibé et tentative d’homicide peuvent aller jusqu’à la réclusion criminelle.
Mais au-delà de la réponse judiciaire, c’est la question de la prévention qui se pose. Comment éviter que des jeunes, souvent mineurs, basculent dans la délinquance armée ? Comment assécher les réseaux de trafic qui alimentent la violence ? Les associations locales, les travailleurs sociaux et les élus appellent à une mobilisation de long terme, au-delà des opérations coup de poing.
Un carnaval sous surveillance
L’épisode de Rivière-Pilote intervient à quelques jours des festivités du carnaval martiniquais, temps fort de la vie sociale sur l’île. Les autorités ont annoncé un dispositif de sécurité renforcé pour les parades et les vidés, avec des contrôles d’accès, des fouilles et une présence policière accrue.
À Fort-de-France, la « Bèt a Fé », grand rassemblement nocturne du samedi précédant les jours gras, s’est déroulée sans incident majeur ce week-end. Mais les événements de Rivière-Pilote rappellent que la fête peut côtoyer le drame, et que la vigilance reste de mise.
Pour les habitants de la cité Mannikou et du bourg de Rivière-Pilote, l’heure n’est pas à la fête. Vendredi, des parents ont tremblé pour leurs enfants. Samedi, un homme a failli perdre la vie. La commune attend des réponses.


