L’étude qualitative menée en 2025 par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) décrypte les usages et trafics de substances psychoactives à Saint‑Martin et Saint‑Barthélemy, en soulignant des logiques très spécifiques liées aux contextes géographiques, sociaux et économiques de ces territoires ultramarins.
L’étude Tendances n° 171 de l’OFDT, publiée en janvier 2026, s’appuie sur le projet d’observation des usages de drogues en outre‑mer (OUDOM) et des enquêtes menées sur le terrain à Saint‑Martin et à Saint‑Barthélemy. Elle combine entretiens avec usagers, acteurs socio‑sanitaires et représentants des forces de l’ordre pour dresser un portrait nuancé des conduites addictives au sein de ces deux collectivités insulaires.
L’étude constate d’emblée que « Saint‑Martin figure comme l’un des multiples maillons de cette chaîne de transport » de cocaïne entre l’Amérique du Sud et l’Europe, renforçant ainsi l’accessibilité de cette substance dans la vie locale. Sur les deux îles, les prix de la cocaïne sont bien inférieurs à ceux observés dans l’Hexagone et sa teneur en principe actif est supérieure, ce qui, selon l’OFDT, « favorise la popularité de cette substance » dans des contextes festifs où jeunes travailleurs saisonniers et nouveaux résidents se mélangent.
Par contraste, l’usage de cannabis, bien que répandu sur les deux territoires, se structure différemment : il est principalement consommé sous forme d’herbe importée, et son approvisionnement ainsi que son prix restent généralement plus élevés qu’en métropole. Cette dynamique montre l’importance de facteurs locaux, représentation sociale, contexte festif et flux migratoires, dans les pratiques d’usage, au‑delà des seuls aspects économiques.
Des consommations contrastées et des réponses limitées
L’étude signale aussi la présence de consommations de crack chez des personnes en situation de grande précarité, notamment à Saint‑Martin, tandis que ce phénomène reste plus marginal à Saint‑Barthélemy. Cette observation s’inscrit dans un contexte socio‑économique contrasté : la structure économique de Saint‑Barthélemy, fondée sur un tourisme haut de gamme, contraste avec la réalité socio‑économique de Saint‑Martin, marquée par une précarité plus forte et des trajectoires de vie plus éclatées.
Dans les deux collectivités, l’étude met en évidence des lacunes importantes dans l’offre de soins et de réduction des risques : « l’offre de soins en addictologie s’avère restreinte et les possibilités de suivi à long terme apparaissent insuffisantes », souligne le rapport. En particulier, aucun centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues n’a été observé sur l’un ou l’autre des deux territoires lors de l’enquête, et les interventions visant à distribuer du matériel de réduction des risques sont rares voire inexistantes.
Cette situation pose un défi majeur pour les professionnels de santé locaux, qui doivent faire face à des problématiques de dépendance et des conséquences sociales sévères, allant de la perte d’emploi à une précarisation accrue, sans dispositifs adaptés pour accompagner ces parcours.
L’étude de l’OFDT éclaire ainsi des réalités spécifiques des conduites addictives à Saint‑Martin et Saint‑Barthélemy, où la circulation internationale de substances, les contextes socio‑économiques locaux et la rareté des structures d’accompagnement façonnent des dynamiques d’usage et des défis de santé publique singuliers.










