Face aux recompositions géopolitiques sud-américaines, un rapport sénatorial appelle la France à renforcer ses moyens en Guyane pour s’affirmer comme acteur régional.
La Guyane place la France dans une situation singulière en Amérique du Sud, mais encore insuffisamment exploitée sur le plan stratégique. C’est le constat dressé par la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat dans un rapport d’information consacré au plateau des Guyanes, rendu public le mercredi 7 janvier, à l’issue d’une mission dans la région. Les sénateurs estiment que la France doit désormais se donner les moyens de devenir « un acteur régional clé », dans un contexte marqué par la montée des tensions géopolitiques et la recomposition des équilibres continentaux.
Le rapport rappelle que « l’Amérique latine a longtemps constitué un angle mort de la diplomatie française », alors même que la France est « le seul État européen d’Amérique du Sud » grâce à la Guyane. Ce territoire est décrit comme une véritable porte d’entrée stratégique, dotée « de formidables atouts », mais confrontée à des fragilités structurelles. Les sénateurs soulignent notamment que la Guyane dispose d’un patrimoine naturel exceptionnel, tout en constatant que « son potentiel est cependant sous-exploité, faute de filières légales suffisamment développées et structurées ».
Cette sous-exploitation se conjugue à des enjeux sécuritaires majeurs. Le rapport qualifie l’orpaillage illégal de « catastrophe économique, environnementale, sociale et sanitaire », rappelant que « jusqu’à 10 tonnes d’or sont extraites chaque année illégalement », représentant une perte économique pouvant dépasser 1,2 milliard d’euros. La Guyane est également décrite comme « une zone de transit du narcotrafic entre l’Amérique latine et l’Europe », tandis que la présence croissante de factions armées brésiliennes constitue une menace durable pour la sécurité du territoire et, potentiellement, pour l’Hexagone.
Dans ce contexte, les forces armées en Guyane apparaissent comme « le pilier de la sécurité et de la souveraineté nationales ». Le rapport souligne toutefois que, si l’opération Harpie a permis de contenir l’orpaillage illégal, « elle n’a pas réussi à enrayer durablement le phénomène », notamment en raison de son caractère transfrontalier et de la hausse continue du cours de l’or.
Le Guyana, voisin stratégique en pleine mutation
L’analyse s’élargit au Guyana, voisin immédiat de la Guyane française, qualifié de « pays en profonde mutation ». La commission rappelle que la découverte de gisements pétroliers a profondément transformé ses perspectives économiques, avec une croissance qualifiée d’« exceptionnelle ». Elle souligne également que la multiplication des partenariats internationaux du Guyana relève pour partie d’une stratégie « d’externalisation de la défense de l’Essequibo », dans le cadre du différend territorial persistant avec le Venezuela.
Dans ce contexte régional instable, la France est appelée à consolider son positionnement diplomatique et sécuritaire, en s’appuyant sur sa présence en Guyane et sur le renforcement de la relation bilatérale avec Georgetown.
Vingt recommandations pour changer d’échelle
À l’issue de leurs travaux, les sénateurs formulent vingt recommandations visant à approfondir la coopération régionale, renforcer la lutte contre la criminalité en Guyane, poursuivre la montée en puissance des forces armées et consolider le partenariat avec le Guyana. La commission estime que la France ne peut plus se contenter de dispositifs de gestion à court terme et doit inscrire son action dans une stratégie de long terme, afin que la Guyane devienne pleinement un levier de souveraineté, de sécurité et d’influence régionale, dans un environnement sud-américain appelé à rester durablement instable.






